L’après-Francophonie : Que fait l’AMDP ?

Jacaranda

Un semestre dans un mandat présidentiel de cinq ans qui en compterait 10 c’est déjà beaucoup. Mais un semestre dans une mandature à présider la Francophonie qui n’en compterait que quatre, puisque Madagascar ne l’est que pour deux ans, c’est énorme. Surtout quand on ne fait que du surplace, avec finalement et nous en avons bien peur, beaucoup d’effets de manche.

Il y a six mois maintenant que les rideaux sont tombés sur le XVIe Sommet de la Francophonie d’Antananarivo. Entre moult résolutions des chefs d’Etat présents, Madagascar avait semblé prendre de l’avance. Tout d’abord, malgré le fait que toute une partie de l’opinion doute sans ambages des tenues de ce sommet, force fut de constater que tous les rendez-vous ont été honorés. Car le calendrier faisait le pari de tenir en marge comme en programmés, plusieurs événements parlementaires, environnementaux, culturels, économiques et autres. Mais surtout, par la mise en place d’une agence qui « aurait à gérer les retombées des investissements que Madagascar engage dans toute cette organisation ». Il s’agit de l’Agence Malagasy de Développement économique et de Promotion des entreprises ou AMDP.

Projet. Le gouvernement, l’Etat malgache lui-même, avait semblé – malgré une cacophonie de communications ayant créé une polémique finalement stérile bien qu’utile en son temps – prendre les devants. Mais force est aussi de constater que depuis, à partir des informations puisées ici et là sur des partenariats en développement des modes d’agriculture, qui relèveraient d’ailleurs en premier lieu du ministère de tutelle et d’Etat y consacré, l’AMDP devient plus un projet en appui aux laboratoires de ce dernier.

Capitalisation des acquis. La question se poserait sur les rôles et missions annoncés en tant qu’agence facilitatrice auprès des acteurs économiques, tous secteurs confondus et, des grands financiers du monde francophone. Qu’est devenu l’instrument de « capitalisation des acquis », partenaire complémentaire et non concurrente de l’EDBM ? Qu’en est-il réellement de cette Agence qui devait se soucier des retombées économiques de tous ces investissements de l’Etat, pour les familles et les entreprises sur le territoire national ?

Facilitateur et catalyseur. En effet, sur son site web, l’AMDP se présente comme « facilitateur et catalyseur pour permettre la réalisation de projets territoriaux à fort impact économique et social et l’émergence d’entreprises malgaches de toute taille ». Il a été même question d’une volonté apparemment affirmée, à appuyer l’Etat à développer au mieux les projets structurants, afin que ceux-ci bénéficient en premier aux populations des collectivités décentralisées. Ce qui avec un savoir-faire, au vu du large spectre que représentent les communes de la Francophonie, réunies au sein de l’Association des Maires Francophones, est loin d’être une utopie.

Mirage. Alors, que devient-elle cette Agence, ces espoirs qui ont été disséminés par conférences et descentes sur terrain reportés par son site ou par voie de presse? Ou serait-ce juste encore une fois, un mirage de plus ? Un mirage qui s’éloignerait en définitive, par faute d’un bon management, quand nous pourrions faire mieux que ce qui est de notoriété pour les 16% de nos terres qui sont actuellement cultivées et bien que cela occupe près de 80% de notre population.

Fin de cycle. Capitaliser les acquis, faire de l’intelligence économique aujourd’hui, c’est aussi et tout d’abord, tenir compte. Tenir compte de la réalité sur terrain, de ce qui a été fait et de ce qui existe. Ce n’est pas forcément refaire le monde tout le temps, réinvestir obstinément sur ce qui est éprouvé. C’est aussi cela faire « de la consultation et la mise en synergie des acteurs ». Tenir compte de tous ces projets en cours pour le monde agricole comme SAHA, PROSPERER, AROPA, AD2M et autres programmes MATOY, qui par leurs expériences deviennent eux-mêmes des capitaux. En base de données, en approche territoriale etc., d’autant qu’ils seraient en fin de cycle. Raisons de plus par ailleurs à puiser et poursuivre, afin que le monde paysan se sente rasséréné dans la continuité de leurs efforts.

2018. Aussi, la question se pose encore une fois. Avant que l’échéance de la passation du flambeau de la présidence de la Francophonie ne passe à l’Arménie en 2018, les semestres s’écoulant inexorablement. Que fait réellement cette Agence, censée pousser de manière exponentielle les partenariats d’affaires ou financiers, les partenariats de territoire à territoire, les partenariats des créativités entre les femmes et entre nos jeunesses pour être enfin le grand incubateur du monde économique francophone ? Après l’annonce en grande pompe de sa mise en place en septembre 2016 à Paris, que fait l’AMDP ?

R. O

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