Erick Rajaonary, Président du FIVMPAMA : « Nous sommes enracinés à notre terre et branchés sur le monde »

Jacaranda
Erick Rajaonary, le président du FIVMPAMA est convaincu que la diaspora joue un rôle majeur dans la relance de l’économie. (Photo fournie)

De nombreux événements ont marqué les affaires nationales depuis ces dernières semaines. Il s’agit entre autres de la propagation de l’épidémie de la peste affectant non seulement la population, mais aussi les secteurs économiques, la fermeture de l’usine de production agro-alimentaire Tiko AAA à Andranomanelatra par l’Etat et le décès du Professeur Zafy Albert, ancien président de la République qui a prôné la démocratie et la liberté d’expression. Dans une interview, le PDG de Guanomad, qui plus est le président du FIVMPAMA ou Groupement du Patronat Malagasy, Erick Rajaonary s’est exprimé sur ces récentes actualités marquantes dans le pays tout en évoquant les attentes de la diaspora et la quête d’une visibilité internationale.

Midi Madagasikara : Que pensez-vous de la décision de l’Etat de fermer l’usine Tiko AAA ?

Erick Rajaonary : Le FIV.MPA.MA souhaiterait plutôt inviter le gouvernement à mettre en place des dispositifs permettant aux investisseurs d’exercer leur métier dans un environnement sain et d’avoir une visibilité pour construire une stratégie pérenne et profitable à tous. Fermeture rime avec mise au chômage, donc perte d’emplois. Ce qui est néfaste pour notre économie qui peine à se relancer. Il faut que les deux parties arrivent à trouver un consensus dans le cadre d’un dialogue public-privé. Les décisions, au lieu d’être républicaines, se réduisent à des mesures gouvernementales. En outre, il faudrait une vision à court, moyen et à long terme.

M.M : Quel regard portez-vous sur la propagation de l’épidémie de peste à Madagascar ?

E.R : Ce phénomène extrêmement malheureux et inquiétant de par le nombre important de pertes de vies humaines qu’il cause confirme la nécessité de mettre en place une véritable politique économique favorisant la croissance et le développement de Madagascar. Qu’on le veuille ou non, la peste est la conséquence et la manifestation de la pauvreté. Tant que Madagascar s’appauvrit, nous nous retrouverons cycliquement face à ce type de fléau. L’éradication de ce genre d’épidémie est liée à l’éradication de la pauvreté et à la question du développement. Il est temps de prendre nos responsabilités. Sur le court terme, une solide éducation citoyenne s’impose pour une meilleure compréhension des enjeux. Il faut encourager la population à s’investir dans les petites actions à l’échelle de l’individu. Morbidité et mortalité impactent d’une manière ou d’une autre sur la productivité. Mais dans une large mesure, une épidémie comme la peste entraîne un ralentissement des activités économiques si on ne prend que le domaine du tourisme. Certes, il n’y a aucune interdiction de voyager et de fermeture de frontières, mais la peur reste présente.

M.M : Madagascar vient de perdre un grand homme, le Professeur Zafy Albert. Son absence va-t-elle peser sur l’échiquier politique malgache ?

E.R : Avant toute chose, je voudrai rendre hommage à l’ancien Président de la République, Zafy Albert et transmettre mes condoléances à sa famille et à ses proches. Il a beaucoup fait pour la démocratie, qui demeure une exigence pour asseoir un véritable développement et que nous devons apprendre à développer. C’était un homme d’une grande honnêteté et loyauté. Il était l’une des rares figures de l’opposition qui a affiché une certaine constance. Inévitablement, son absence va bouleverser l’échiquier politique. La notion de « construction nationale » est une œuvre permanente. Il nous faut dissocier le gouvernement du pays (Fanjakana) de la gouvernance de la nation (Firenena).

M.M : Dans les prochains jours se tiendra à Antananarivo, le premier Forum de la diaspora, quelles retombées peut-on attendre de cette rencontre ?

E.R : Le FIV.MPA.MA est convaincu que la diaspora peut jouer un rôle majeur dans la relance de l’économie. Et, depuis le début de l’année, nous avons mis en place des branches internationales pour permettre aux entrepreneurs et investisseurs malgaches d’ici et d’ailleurs de se retrouver sur une seule plateforme, celle du FIV.MPA.MA. Ce forum arrive évidemment à point nommé, car Madagascar a aujourd’hui – et plus que jamais – besoin de la mobilisation de toutes ses forces vives. Ce point de départ va déjà dégager les premières pistes de réflexion pour l’élaboration d’une politique claire sur la diaspora. Nos premiers contacts auprès des six branches (France, Allemagne, Canada, Etats-Unis, Seychelles, La Réunion et le partenariat avec la Diaspora Malgache du Benelux [DMB]) nous ont permis d’identifier quelques aspirations dont le paiement d’une redevance annuelle auprès des consulats, l’exercice de droit de vote et la couverture du rapatriement de corps en cas de décès.

M.M : Vous êtes souvent sollicité dans des cercles de réflexion à l’échelle régionale et internationale, pourquoi cette quête d’une visibilité internationale ?

E.R : En effet, je suis à plusieurs reprises sollicité à me prononcer sur les grands enjeux de l’économie africaine et mondiale. Je pense qu’il est important de faire entendre notre voix, de montrer une autre réalité, de présenter Madagascar autrement et de partager une autre manière de voir le monde. Il faut qu’on arrête avec cette image négative de Madagascar. Dans mes interventions, je mets toujours en avant la richesse de notre pays, l’énorme potentiel dont il dispose mais aussi les défis auxquels nous sommes confrontés, en l’occurrence la pauvreté et la mauvaise gouvernance. Nous vivons dans un monde dans lequel il faut penser global et agir local, nous restons attachés à notre terre tout en étant branchés sur le monde et nos actions et notre communication traduisent cette volonté. En fait, nous sommes enracinés à notre terre et branchés sur le monde.

Recueillis par Navalona R.

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