Programme économique : Performance menacée par la réticence des investisseurs



Jacaranda
Patrick Imam, représentant résident du FMI à Madagascar.

Bonnes notes à l’évaluation de la mise en œuvre du Programme économique soutenu par la FEC (Facilité Elargie de Crédit). C’est l’annonce faite par le FMI (Fonds Monétaire International), d’après son représentant résident à Madagascar, Patrick Imam. Cependant, les comportements des agents économiques ne riment pas avec cette tendance. Interview. 

Midi Madagasikara (MM). Le Conseil d’Administration du FMI s’était réuni le 11 juillet dernier pour examiner le cas de Madagascar, quelles en ont été les conclusions ?
Patrick Imam (FMI). Effectivement, notre Conseil d’Administration a tenu cette réunion afin d’examiner les conclusions de la 3e revue du programme FEC. L’examen s’était révélé positif et a abouti à l’approbation du déblocage de la 4e tranche de la FEC d’un montant d’environ 44 millions de dollars en appui à la balance de paiement du pays. La prochaine étape étant la tenue prochaine de la 4e revue du programme qui, selon la prévision, se tiendra au moins de  septembre prochain, en vue d’un autre décaissement à la fin de cette année.

  1. Selon l’optique du FMI, comment a évolué la situation de Madagascar ?

FMI. Dans l’ensemble, la mise en œuvre du programme économique demeure positive. Sur le plan macroéconomique, le pays jouit d’une stabilité. Sur la base des informations préliminaires disponibles, le pays verra sa bonne performance économique continuer cette année. Le taux de croissance de cette année est prévu à 5% contre 4.2% en 2017, bien au-dessus de deux  points par rapport à la croissance moyenne de l’Afrique subsaharienne. Il en est de même pour l’inflation qui devrait baisser à 7.5% après avoir culminé à 9% l’année dernière suite à la flambée du prix du riz due  aux aléas climatiques. Il est également attendu une bonne exécution du budget de l’Etat grâce à des recettes fiscales et d’aide budgétaire qui sont projetées d’être plus élevées que prévues initialement dans la Loi des Finances. Cette bonne performance a permis de compenser une partie des besoins additionnels générés par des transferts plus élevés à la JIRAMA, à la ligne salaire et fonds de pension.

  1. L’instabilité politique à l’approche des élections influe-t-elle sur la performance du pays ?

FMI. Les informations n’étant pas encore disponibles, il est difficile de donner une appréciation précise sur les impacts des récentes turbulences sur le plan politique sur la performance du pays. D’un côté, malgré les manifestations politiques ainsi que les grèves entamées par certains Départements clés de l’administration, tels que les Douanes et les Impôts, l’administration en général continue plus ou moins de fonctionner. Néanmoins, cela ne signifie pas que cette instabilité politique n’aura pas d’impacts du tout dans la mesure où une telle situation n’encourage pas généralement les investissements intérieurs ou extérieurs, pour ceux déjà établis ou ceux qui souhaitent venir. En effet, l’instabilité politique génère habituellement un climat de méfiance qui fait que certaines décisions d’investissements sont suspendues ou remises à plus tard, annihilant ainsi les effets positifs qu’ils auraient pu engendrer sur les activités économiques et le niveau de revenus. Elle a également des impacts psychologiques qui ne sont pas forcément mesurables et sur lesquels nous ne pourrions pas avoir d’éléments. Nombreux sont les opérateurs qui ont déjà appréhendé la situation de trouble politique actuelle avant les élections. Et il s’avère que leurs appréhensions se révèlent maintenant fondées. Ce qui ne fait que les conforter dans leurs perceptions qu’il vaut mieux ne pas investir pour le moment en attendant que la situation retourne au calme. Mais, si leurs perceptions s’avèrent infondées, et que le pays se dirige vers les élections dans le calme et la sérénité, on pourrait s’attendre à un rebond des investissements l’année prochaine.

  1. Nombreux sont les employés de l’Etat en grève, dont certains sont en charge d’assurer les recettes de l’Etat. Pour le FMI, quels sont les risques liés à cette situation ?

FMI. Les risques liés à de telle situation c’est le prolongement des grèves et la paralysie de l’administration. Jusqu’ici, grâce à l’existence d’un service minimum mais également à l’utilisation de la nouvelle technologie qui permettent de faire les déclarations en ligne, ces deux Départements ont plus ou moins fonctionné normalement et les recettes ont quand même pu être collectées. Par conséquent, l’exécution des dépenses publiques n’a pas trop souffert pour le moment et les activités du secteur privé ne s’en trouvent pas de ce fait pénalisées. Mais comme je viens de le dire, il est trop tôt pour avancer les impacts exacts de ces mouvements sociaux, les informations n’étant pas encore disponibles. Cependant, leur étendue et leur durée dans le temps étant encore inconnues, s’ils se prolongent sur une longue période, cela pourrait avoir des effets négatifs pour le pays. Ceci ne constitue pas, cependant, une situation souhaitable dans la mesure où cela anéantirait les progrès ainsi que les résultats positifs enregistrés jusqu’ici en termes de collecte de recettes fiscales mais aussi en termes de performance économique.

Recueillis par AR

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