Adduction d’eau dans le Grand Sud : 9 100 ménages bénéficiaires dans 11 communes



Jacaranda
Tema, Tsagnova et Razafindrahasy du « fokontany » d’Analapatsy, partageant leurs expériences en adduction d’eau.

De Fort-Dauphin à Ambovombe, en passant par Amboasary Sud, 9 100 ménages de plus ont actuellement accès à l’eau potable dans l’extrême sud de l’île. Ce qui a « transformé » leur hygiène de vie.

Dans le « fokontany » d’Analapatsy par exemple, commune de Ranopiso, district de Fort-Dauphin, Tema Christine et sa famille n’utilisent plus l’eau boueuse du puits pour leur repas, leur lessive et leur toilette. Grâce à un forage situé dans un terrain remplissant les conditions scientifiques nécessaires, elle dépense en moyenne 600 ariary par jour pour avoir deux bidons de 20 litres d’eau transportés par une charrette, dont le transport et la gestion sont assurés par des représentants désignés par la communauté locale. Elle rationne ensuite ces 40 litres d’eau potable pour les besoins quotidiens de sa famille. Comme Berthine Razafindrahasy et Marie Tsagnova, 30 autres mères de famille ont emboîté le pas à Tema Christine. Selon Marie, les bénéfices de l’accès à l’eau potable se reflètent sur l’état de santé de ses enfants : « J’ai cinq enfants, dont un porteur de handicap. Cela fait un an que nous avons accès à l’eau potable, et leur santé s’est nettement améliorée. Plus de diarrhée à signaler. Alors qu’avant, cette maladie était chronique, car ‘nous faisions avec l’eau douteuse qu’il y avait à une dizaine de kilomètres pour survivre ».Comme la trentaine de ménages d’Analapasy, 9 100 autres familles du « Deep South » malgache ont bénéficié du même système.

Projet d’urgence. Tels sont les résultats de l’évaluation du projet d’urgence en adduction d’eau de l’ONG américaine Care International, et de ses partenaires techniques et financiers, dans le Grand Sud malgache d’avril 2017 à avril 2018. Rappelons que le manque d’eau chronique dans le « Deep South » malgache a été aggravé fin 2016-début 2017 par l’épisode de sécheresse. Face à cette catastrophe naturelle, les mobilisations, autant locales, nationales qu’internationales, ont afflué. Certes, ce projet n’a pas résolu le problème de manque chronique d’eau dans le sud, d’ailleurs il n’y a jamais prétendu. Toutefois, il a significativement contribué à sa résolution progressive en facilitant l’accès à l’eau potable pour 11 communes d’Ambovombe, d’Amboasary Sud et de Fort-Dauphin : 4 pour Amboasary Sud, 3 pour Ambovombe et 4 autres pour Tolagnaro.

Critères. Ces 9 100 ménages, issus des trois districts susmentionnés, ont été sélectionnés suivant quelques critères tels que la précarité financière et la monoparentalité, ou encore la malnutrition des enfants en bas-âge. Les ménages n’entrant pas dans les critères ne sont pas pour autant lésés : parmi leurs pairs sélectionnés, certains, comme Tema Christine, ont été formés pour devenir agent communautaire, pour une sensibilisation et un partage « terre-à-terre » d’expérience aux fins de changement de comportement. Entre individus partageant les mêmes valeurs culturelles et us et coutumes, la compréhension mutuelle est en effet renforcée, et le plaidoyer facilité.

Culture. Un autre représentant des agents communautaires, qui met en œuvre les actions de sensibilisation, nous a confirmé que les questions culturelles sont déterminantes dans les projets communautaires, qu’il s’agisse de projet de développement ou de projet d’urgence. Dans le cas présent par exemple, plusieurs mois de plaidoyer tenace ont été nécessaires pour convaincre les habitants d’utiliser les latrines. Avant, ils étaient adeptes de la défécation à l’air libre, avec tous les risques sanitaires et environnementaux encourus. Il a fallu convaincre les « lonake » (autorités traditionnelles) du village pour que la population construise enfin cette dizaine de latrines. En effet, les Tandroy et les Tanosy (groupements ethniques majoritaires de la région) pensent que construire des latrines revient à conserver des impuretés (les défécations), ce qui constitue un fady (tabou/ interdit) pour eux, car les Tandroy utilisent un procédé de construction peu ou prou similaire pour conserver, des années durant, leur « bageda » (patates douces).

LuzRazafimbelo

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