Projet d’infrastructures routières : Des PME en faillite faute de paiement de leurs factures s’élévant à des milliards d’Ariary

Jacaranda
Patrick Ratsitohara, le président du collectif des PME victimes interpelle les autorités compétentes car la situation est alarmante.

La vie des employés d’une PME (Petite et Moyenne Entreprise) titulaire des marchés relatifs  à la mise en œuvre du projet d’Aménagement d’Infrastructures Routières (PAIR), est menacée car ils sont sequestrés à Tsianisiha à Toliara II, lieu d’exécution des travaux, depuis quatre mois, et ce, à cause du « Dinabe ».

D’autres PME ont dû procéder à la vente de leurs maisons ou de leurs matériels roulants car elles sont maintenant poursuivies par les banques qui les considèrent comme mauvais payeurs. En outre, leurs fournisseurs ne leur font plus confiance et ne s’engagent plus à leur donner des matériaux de construction à crédit, alors qu’il s’agit de leur gagne-pain. Une autre PME titulaire des marchés a pu sauver à temps ses employés, et ses engins ont également failli être soustraits de force par la population résidant dans sa zone d’intervention, toujours à cause de ce « Dinabe ». En tout, « nous sommes quatre PME malagasy qui sont victimes de non paiement de nos factures au niveau de l’Autorité Routière de Madagascar (ARM), l’agence d’exécution du projet PAIR, sous tutelle du ministère des Travaux Publics et des Infrastructures. Cependant, les travaux ont été réalisés selon les normes techniques d’autant plus qu’un bureau d’études se charge de nous contrôler systématiquement », a évoqué Patrick Ratsitohara, le président du collectif des entreprises victimes de non paiement de leurs factures au niveau de l’ARM, suite aux travaux fournis dans le cadre de la mise en œuvre du projet PAIR qui est financé par la Banque Africaine de Développement (BAD).

Problème de trésorerie. « Il s’agit notamment de la réalisation des travaux à HIMO (Haute Intensité de Main d’Oeuvre) pour l’aménagement de la piste rurale reliant Tsianisiha et Andoharano sur la Route Nationale No 9, et qui sont répartis en quatre lots ainsi que les travaux à HIMO pour l’aménagement du CEG Mangily se trouvant également sur la RN9. Le montant total de ces impayés s’élève à des milliards d’Ariary. Des entreprises sont ainsi en faillite en raison du problème de trésorerie car on nous a fait entendre depuis huit mois  si les paiements auraient dû se faire tous les mois. On nous a dit tout le temps que le décaissement sera débloqué la semaine prochaine. Raison pour laquelle, nous interpellons les autorités compétentes afin de régulariser notre situation. En effet, cela ne favorise pas du tout au développement des PME à Madagascar alors que celles-ci contribuent énormement à la création de richesse dans le pays », a-t-il déploré.

Transmis à la BAD. Et ces entreprises victimes ont fait tous les recours possibles, que ce soit au niveau de l’Autorité Routière de Madagascar, qu’auprès de son ministre de tutelle, qui est en charge des Travaux Publics et des Infrastructures. « Celui-ci a déjà fait une demande de dérogation afin que la direction de la Dette Publique du ministère des Finances et du Budget puisse procéder aux paiements et appels relatifs à ce projet. Mais il a été soulevé que toutes les demandes de paiements des prestations au sein de l’ARM sont rejetées par cette direction faute de régularisations des dépenses antérieures relatives au projet PAIR. Nous avons ensuite interpellé la Primature étant donné que le Conseil de Discipline Budgétaire et Financière est sous sa tutelle, mais nous n’avons pas eu de réponse favorable. Une réunion de coordination entre toutes les parties prenantes a été également organisée mais aucune solution n’a été non plus trouvée. Par contre, l’ARM ne ménage pas ses efforts pour régulariser cette situation. La direction de la Dette Publique s’engage également à appuyer les parties contractantes pour accélerer le processus. Notre dossier est maintenant transmis à la BAD depuis mi- décembre 2018. Celle-ci a promis qu’on sera réglé directement tout en effectuant une étude au cas par cas mais on nous fait toujours attendre jusqu’à maintenant», a-t-il déclaré.

Les travaux d’aménagement du CEG à Mangily sont réalisés à 76%. Mais aucun paiement du PME titulaire du marché n’a eu lieu jusqu’à maintenant.

Situation alarmante. Parlant de la situation réelle à Tsianisiha, « l’avancement des travaux d’aménagement du CEG à Mangily est à 76%. Etant donné le non paiement des décomptes de l’entreprise titulaire du marché, la réalisation des travaux est au ralenti », a exprimé Patrick Ratsitohara. Quant aux travaux à HIMO pour l’aménagement de la piste rurale reliant Tsianisiha et Andoharano sur la RN9 repartis en quatre lots, le taux de réalisation varie entre 20,68% et 56,74%. « Il ne s’agit pas de notre faute. Par contre, toutes les PME victimes s’engagent à poursuivre les travaux dès que nos décomptes seront réglés. Un nouveau planning d’exécution sera ensuite établi », a-t-il enchaîné. Et s’agissant des employés séquestrés par la population locale, « Ils n’ont pas pu revoir leurs familles respectives jusqu’à maintenant.  La situation est alarmante car ils sont menacés de mort. En fait, ils n’ont pas pu rembourser leurs dettes comportant les loyers et les achats de nourritures durant l’exécution des travaux étant donné qu’ils n’ont pas non plus été payés. Ce n’est pas tout ! Les ouvriers sur place engagés dans les travaux HIMO menacent de les décapiter faute de paiement de leurs salaires. En outre, des stocks de matériaux appartenant aux PME titulaires des travaux comme des planches de coffrages, ont été soustraits de force par la population locale. Celle-ci les a utilisés sous forme de bois de chauffe ou de fabrication de la varangue », a-t-il dénoncé. La balle est ainsi dans le camp de la BAD car le dossier de ces PME victimes y est déjà transmis. Nous avons contacté un responsable auprès de cette institution pour savoir quand est-ce que ces prestataires seront réglés mais celui-ci a répondu qu’il ne peut pas exprimer au nom de la BAD.

Navalona R.

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