Rado Ratobisaona : Appel à la mobilisation de l’épargne nationale, pour soutenir le PEM

Jacaranda
Rado Ratobisaona, PCA du CREM.

Le peuple malgache s’attend à des transformations, avec la mise en œuvre du Plan Emergence de Madagascar (PEM). Les économistes du CREM (Cercle de Réflexion des Economistes de Madagascar) confirment encore que les objectifs de ce Plan sont bien réalisables. Le PCA Rado Ratobisaona nous apporte plus d’éclaircissements. Interview.

Midi Madagasikara (MM). Les politiciens parlent beaucoup d’Emergence depuis l’année dernière. Que signifie ce terme ?

PCA du CREM. Le terme « émergence » est un phénomène ancien. Du point de vue politique, l’émergence désigne une crainte et un malaise de la part des pays dominant l’ordre mondial.

Au niveau économique, l’émergence se caractérise donc par une forte croissance économique d’un pays pauvre, accompagné d’un désir de participer aux affaires du monde. L’initiative de la prise de risque pour la transformation structurelle de l’économie peut faciliter l’accumulation de réserves de change par le biais de l’exportation. L’émergence fait évoluer la division internationale du travail en absorbant les surplus de main d’œuvre qualifiée et non qualifiée du pays et de celui du reste du monde.

Du point de vue financière, l’émergence fait référence à la capitalisation boursière dont un marché financier soutient le crédit hypothécaire et le crédit-bail.

  1. Les économistes se réfèrent souvent aux cas des BRICS et des 4 dragons d’Asie lorsqu’ils parlent de pays émergents. Chacune de ces économies ont pourtant leurs propres modèles de développement. Qu’en est-il de Madagascar ?

CREM. Pour le cas de Madagascar, comme son nom l’indique, un modèle doit refléter la réalité économique de Madagascar, Le modèle d’émergence de Madagascar doit tenir compte des variables spécifiques du pays tels que la prolifération du secteur informel, le degré des risques et incertitudes, la jeunesse de la population ainsi que la pauvreté. En se référant aux modèles de BRICS et du dragon et tigre d’Asie, Madagascar peut s’inspirer sur un modèle mixte : Nous pouvons profiter de la taille du marché régional au niveau de l’océan  Indien et celui de l’Afrique Subsaharienne en se focalisant sur une spécialisation où Madagascar est doté d’un avantage comparatif en termes de production de masse et de compétitivité. Dans cette optique, il faut une alliance stratégique avec les autres pays d’Afrique, dans un objectif d’émergence collective.

  1. L’émergence est-elle une étape obligatoire pour le processus de développement ? Pourquoi avons-nous attendu si longtemps, ou sinon, qu’est-ce qui indique que nous sommes enfin prêts pour s’engager dans cette voie ?

Tous les pays qui se sont développés sont passés par la voie de l’émergence. Cette étape est un « mindset ». L’absence de vision dans l’élaboration d’une politique de développement nous a mis à la traîne. Cette absence de vision a expliqué le fait que jusqu’à maintenant, nous avons suivi toutes les instructions des bailleurs de fonds traditionnels, malgré les enjeux des conditionnalités associés à leur politique standard de développement.

Madagascar se trouve maintenant dans la croisée du chemin pour réunir les conditions de décollage économique, afin de rattraper notre retard par rapport aux autres pays africains et Asiatiques ayant le même niveau de développement pendant les années 80.

  1. L’industrialisation figure parmi les plus importants volets dans l’émergence d’une économie. En tant que membre de la Plateforme pour l’industrialisation de Madagascar, que pensez-vous de l’évolution actuelle de la situation ?

CREM. Pour l’heure, en faisant référence au dernier baromètre de l’industrialisation, les indicateurs retenus demeurent alarmants que ce soit au niveau de la condition de travail ; au niveau de l’accès au financement à long terme, au niveau du pouvoir d’achat domestique, et surtout au niveau de l’accès à l’énergie.

L’insécurité et la règle de la concurrence méritent une attention particulière dans le secteur industriel pour pouvoir inciter l’économie d’échelle et favoriser ainsi la consommation de masse.

  1. Quelques mots pour conclure ?

CREM. La potentialité des ressources pour le développement de Madagascar est devenue une croyance pour les Malgaches, surtout pour la classe dirigeante. Toutefois, les actions pour y parvenir restent à démontrer. Le régime actuel a montré sa détermination pour apporter sa part au processus de développement de la  Grande  Ile. Rappelons que les conditions de réussite de ce plan de l’émergence de Madagascar s’articulent à la capacité des Malgaches et leurs dirigeants à mobiliser les ressources surtout internes qu’externes dans la réalisation des projets pour l’émergence. La mobilisation des ressources humaines et financières ne constitue pas une évidence. On dit que « chaque époque a ses émergents ». Une croissance économique forte dans un pays pauvre comme le nôtre nécessite un pilotage différent selon les expériences que nous avons vécues depuis l’indépendance. L’aspect réaliste des objectifs dans le PEM exige des engagements effectifs des dirigeants et des citoyens pour une vraie réforme interne importante en matière de gouvernance ainsi qu’une transformation structurelle de l’économie. L’exigence des réformes fait appel à un élément mobilisateur essentiel pour leurs financements : la valorisation des actifs pour un recyclage financier. Nous sommes convaincus que seule la capacité mobilisatrice de l’épargne nationale pourrait financer ces réformes pour faire preuve d’intelligence économique. Rappelons que le nationalisme économique soude un peuple derrière un pouvoir étatique fort. Nous réitérons nos antérieures recommandations dans ce sens concernant la stabilité politique, l’interventionnisme d’Etat aux affaires internes et externes par un comportement d’« Etat développementiste » comme un état d’esprit pour l’émergence. Cela opère un rattrapage économique pour réunir tout d’abord les conditions de décollage économique pour pouvoir ensuite promouvoir une stratégie offensive d’insertion sur l’économie mondiale par le biais de l’exportation et la délocalisation horizontale.

 Recueillis par Antsa R.

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