Mikea : Une ethnie menacée de disparition

Jacaranda
« C’est la première fois qu’un acte de banditisme survient dans la forêt de Mikea depuis notre existence», selon Tsivahora, un des notables traditionnels Mikea.

L’habitat naturel des communautés Mikea issues de la tribu Maromainty et non  de Masikoro est fortement menacé sans compter la recrudescence des actes de banditisme.

Les Mikea de « race pure » ne comptent plus actuellement que 300 à 400 individus. Ils pratiquent encore la chasse et la cueillette ainsi que le nomadisme dans la forêt des Mikea, une aire protégée gérée par Madagascar National Parks. Toutefois, leur habitat, qu’est cette forêt est détruit par des migrants qui s’y installent depuis plus de 20 ans. « Ces derniers pratiquent l’élevage et l’agriculture via le défrichement de la forêt pour la culture de maïs. L’an dernier, près de 4.700 ha de forêt de Mikea, ont été détruits. Certains effectuent des exploitations illicites de bois servant à la construction des maisons ou des pirogues tandis que d’autres produisent du charbon », a dénoncé Tsivahora, un des notables traditionnels de la communauté Mikea, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier à Analakely.

Acte de banditisme. Mais ce n’est pas tout ! « Notre village Bedo créé par nos parents a été attaqué par des « Dahalo » armés, deux fois. Nous étions ainsi obligés de fuir aux fins fonds de la forêt, soit à 40km de ce village étant donné que nous avons peur de ces gens là. Nous sommes pacifiques. Un des notables traditionnels dénommé Kalania, a été retrouvé mort décapité dernièrement », a-t-il révélé. En outre, l’association Mikea Forest a mis en place une école pour apprendre aux enfants Mikea l’éducation de base et la préservation de la culture Mikea au profit des générations futures. Il s’agit entre autres, de la technique de cueillette de « Baboho », une racine gorgée d’eau avec un peu de féculent et du sucre pour assurer sa régénérescence ainsi que l’utilisation des plantes médicinales comme le « Katrafay ». « Mais nous avons demandé de transférer cette école dans d’autre endroit où nous nous refugions à cause de cet acte de banditisme qui a survenu pour la première fois depuis notre existence », d’après toujours les explications du patriarche Tsivahora en évoquant que si aucune mesure n’est prise par l’Etat, l’ethnie sera menacée de disparition.

Fausses informations. Il faut savoir que la particularité des Mikea est qu’ils ont toujours vécu sans eau. La seule source d’eau qu’ils ont en forêt pour vivre est cette racine appelée « Baboho ». Le miel et l’igname constituent également leur principale nourriture. Par ailleurs, ce notable traditionnel dément formellement que le Mikea ne provient pas du tout de la tribu Masikoro mais plutôt de la tribu Maromainty. « Nous ne disposons pas de carte d’identité puisque nous vivons depuis dans la forêt primaire et sacrée. Et aucune autorité étatique comme un maire ou un député ne dirige notre communauté. Nous déplorons ainsi les fausses informations véhiculées suite à un tournage de film documentaire réalisé par Théo Rakotovao avec une chaîne TV internationale, il y a dix ans. Celui-ci qui n’est pas du tout issu de notre tribu, nous a promis de réaliser des projets sociaux comme la construction d’école et d’hôpital au profit de notre communauté, à cette époque », a-t-il soulevé.

Une grande première. Et l’an dernier, « il est encore revenu pour réaliser un nouveau film documentaire mais nous avons refusé. Ce sont nos voisins migrants qui ont adhéré à sa proposition en se déclarant qu’ils sont des Mikea. C’est pourquoi, nous attirons l’attention de tous que ce ne sont pas des vrais Mikea. Ils ne représentent pas du tout notre communauté même s’ils savent notre culture. Nous lançons également un appel à l’Etat afin de protéger notre identité et notre ethnie qui est maintenant menacée », a-t-il poursuivi. Par ailleurs, les Mikea ont salué la visite du ministre de l’Environnement dans leur localité dernièrement. En effet, c’est une grande première dans leur histoire qu’une autorité étatique est venue leur rendre visite.

Navalona R.

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