Litige Air Madagascar – Air France : Un enjeu de 42 millions USD, verdict attendu ce jeudi

Jacaranda
Bien que les deux avions A340-300 engendrent d’énormes pertes à Air Madagascar, la Compagnie a du mal à s’en débarrasser.

Le sort d’Air Madagascar dépendra du verdict prononcé par le Tribunal de commerce de Paris, le 17 octobre. En parallèle, la compagnie nationale est en train de rater le virage vers le digital, impératif sur le secteur du transport international.

 Ses dirigeants l’ont déjà affirmé ! Air Madagascar n’a pas la capacité de payer la somme réclamée par Air France, si jamais elle perd le procès sur l’affaire concernant les deux avions A340-300.  Pour rappel, en 2012 lors de la Transition, la compagnie nationale malgache a pris en leasing-achat deux Airbus A340 d’Air France pour un montant total de 67 millions USD, ce qui représente un tarif largement supérieur aux prix du marché de l’occasion, à l’époque entre 10  à 20 millions USD pour un avion de ce genre, selon les connaisseurs. Certes, les dirigeants de la compagnie malgache ont amèrement regretté d’avoir signé ce contrat avec précipitation. En effet, les A340 sont très budgétivores, alors que la compagnie malgache ne peut pas s’en débarrasser, à cause d’une clause de réserve de propriété, qui indique que les deux avions restent propriétés d’Air France, jusqu’à ce que la dernière mensualité soit payée. En 2018, Air Madagascar – qui a déjà payé 55 millions USD de loyers – a essayé d’acquérir les derniers titres par anticipation, en payant le solde estimé à quatre millions USD, afin de pouvoir revendre les deux avions. Mais la compagnie française a refusé, en avançant une nouvelle clause de restitution de 15 millions USD et de frais de remise à niveau des avions, le tout atteignant 46 millions USD. Bref, si le Tribunal de Paris donne raison à la compagnie française, Air Madagascar aura à payer cette somme, et aura dépensé en tout, 101 millions USD, pour acquérir des avions qui ne pourraient jamais être rentables.

Mauvaises décisions. Ces acquisitions ne sont pas les seules décisions maladroites des dirigeants d’Air Madagascar. Il y a deux semaines, une délégation de la compagnie a rendu visite à 700 agences en Europe pour une campagne de prospection. Et pourtant, nul n’ignore que cette option n’est plus efficiente. Pour en avoir le cœur net, nous avons questionné un expert en la matière, Rija Randriamalalaniaina, chef de Projet Digital et E-commerce auprès d’une multinationale française, non moins intervenant professionnel en Marketing Digital, à l’Université de Franche Comté. « Effectivement, Air Madagascar doit considérer l’importance du virage vers le digital, à l’heure où 79% des voyageurs préparent leur séjour sur Internet et 55% des réservations se passent en ligne. Miser gros sur les agences serait une mauvaise idée, car même les géants comme Thomas Cook ont fait faillite, à cause du développement numérique. Maintenant, la compagnie malgache accumule un retard considérable en stratégie Online. A ce que je sache, elle n’a pas de stratégie d’acquisition en place, pas de CRM dédié pour le B to C, on constate parfois des erreurs en Yield management et en distribution en ligne, etc. Il est vrai que la restructuration d’Air Madagascar devrait passer par un renouvellement de la flotte et d’un rebranding parce que les retards et les annulations ne sont plus tolérés. L’image de marque d’Air Madagascar est complètement dégradée. Cependant, le succès d’une restructuration passe avant tout vers le remplissage des Avions et la guerre se trouve désormais sur internet », a expliqué l’expert en marketing digital.

Compétitivité. La concurrence online est féroce avec les OTAS (Online Tourism Agency), comparateurs et les compagnies aériennes, selon Rija Randriamalalaniaina, qui a martelé qu’Air Madagascar doit impérativement trouver des solutions pour améliorer sa compétitivité. « J’ai acheté par exemple des billets Paris – Tana – Paris à 650€ en faisant des escales à Doha et Nairobi avec Qatar Airways. Une stratégie digitale n’est pas uniquement avoir un site internet e-commerce. C’est créer tout un écosystème autour du parcours client. C’est investir dans l’acquisition des clients et dans la transformation pour développer les réservations et remplir les avions. C’est gérer l’e-réputation de la marque, créer des ambassadeurs et mobiliser des influenceurs. C’est développer et coordonner les points de contact online et offline via une expérience omnicanale, etc. Tout cela dans une logique de ROI (Retour sur Investissement) », a-t-il soutenu. Depuis des dizaines d’années, des moyens considérables sont mobilisés par les pouvoirs publics, au frais des contribuables, pour relancer en vain les activités d’Air Madagascar. Internet et le digital nous offre une opportunité importante, à nous de décider de prendre le virage ou foncer tout droit vers le mur, a-t-il conclu.

Antsa R.

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2 Comments - Write a Comment

  1. Le prix,le prix,le prix…Air mada est plus cher de 40% !,,
    Les clients ne sont pas idiot…il y a deux fois trop d’employé a air mada

  2. Nos dirigeants sont archi-nuls point barre

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