Flux financiers illicites : Une perte de plus de 50 milliards usd/an pour l’Afrique

Jacaranda
Le Pr Victor Harison a soulevé que l’Afrique doit protéger ses ressources naturelles. (Photo : Yvon Ram)

Pour la première fois, la Commission de l’Union Africaine a délocalisé le lancement de ses deux rapports économiques clés à Antananarivo, si cela se fait habituellement à son siège à Addis-Abeba.

Le premier rapport s’intitule « Dynamiques du développement en Afrique 2019 » produit en collaboration avec le Centre de développement de l’OCDE, et portant sur le thème « Réussir la transformation productive en Afrique ». Quant au second rapport, il est axé sur la « Mobilisation des ressources intérieures : lutte contre la corruption et les flux financiers illicites (FFIs) ». Lors de la présentation de ces rapports hier au ministère des Affaires Etrangères, le Pr Victor Harison, Commissaire aux Affaires Economiques au sein de l’Union Africaine, a révélé que l’Afrique enregistre une perte de plus de 50 milliards usd/ an en flux financiers illicites. « Sur ce rapport, vous verrez l’état des lieux des pertes des 55 pays membres de l’UA durant la période de 2004 à 2013 », a-t-il noté.

Complicité. Notons que les FFIs en Afrique sont définies comme étant des ressources illégalement reçues, transférées ou utilisées, sortant du continent pour aller vers le reste du monde et ce, en violation des lois. Les pays développés en sont souvent les destinations finales. « Il pourrait y avoir entre autres, une complicité des Africains eux-mêmes avec les firmes multinationales qui paient des taxes et redevances dans leur pays d’origine et non pas en Afrique, ou bien qui créent tout simplement des entreprises tampon. On se demande également si les assujettis paient réellement les impôts qu’ils ont dus ou font des fausses déclarations ?-Et ce n’est pas tout ! Il est temps que l’Afrique protège ses ressources naturelles notamment les ressources minières et les ressources halieutiques. Madagascar est entre autres, le 5e pays en Afrique et le 12e pays au monde producteur de terres rares. Les pays africains ne doivent plus exporter des matières premières brutes d’autant plus, ce ne sont pas eux qui dictent leurs prix », a-t-il exposé.

Elargir l’assiette. Par ailleurs, le Pr Victor Harison a soulevé la nécessité de la mobilisation des ressources domestiques pour la transformation de l’économie africaine. « La part des recettes fiscales dans le PIB des pays en Afrique est encore faible, n’atteignant que 12% à 20%. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut augmenter le taux de pression fiscale, mais plutôt d’élargir l’assiette fiscale. On peut également tirer des leçons à travers les bonnes pratiques des autres pays africains comme l’Ethiopie qui utilise une machine intelligente permettant de relier directement les supermarchés avec la direction générale des Impôts. La dématérialisation du système fiscal s’impose aussi pour lutter contre la corruption qui devient un phénomène alarmant dans le continent. La mobilisation des fonds de pension comme la CNaPS peut également se faire pour réaliser les projets dans un pays comme Madagascar. En effet, l’aide au développement et les Investissements directs Etrangers sont en baisse. En outre, on aura suffisamment de ressources domestiques en luttant contre la corruption », d’après toujours ses explications. Il faut savoir qu’après le lancement de ces deux rapports de l’Union Africaine, celle-ci organise avec l’Etat le 11e Forum du secteur privé africain qui se tient ce jour jusqu’au vendredi au CCI Ivato.

Navalona R.

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