Filière vanille : Risque de chute vertigineuse des prix


Un surstock de vanille est constaté à Madagascar.

Les acteurs opérant dans la filière vanille qualifiée par l’Etat de secteur stratégique, tirent la sonnette d’alarme. 

En effet, un grand danger plane sur Madagascar avec un risque de chute vertigineuse des prix de ce produit faisant la renommée de la Grande île, selon leurs dires. D’aucuns se souviennent de l’envolée du prix de la vanille de 24 USD/kg à 280 USD/kg puis 350 USD/kg jusqu’à 500 USD/kg, il y a quelques années. Puis, cela est tombé brusquement entre 40 et 50 USD/kg. Le même phénomène se prépare dans les mois qui viennent, a-t-on révélé. Le ministère en charge du Commerce doit ainsi prendre de toute urgence , des mesures pour laisser évoluer le marché suivant le contexte actuel. Autrement, le surstock sera brutal pour l’économie du pays, d’après toujours leurs explications.

Stocks invendus. En fait, les opérateurs disposent encore en stock une partie de la campagne de collecte en 2018. Et l’an dernier, près de 60% de stocks sont invendus. Cependant, une récolte précoce de la vanille s’annonce à partir de mai ou juin de cette année, a-t-on appris. Dans la foulée, les pays concurrents tels que la Guinée Papouasie, le Vietnam et l’Ouganda, sont présents sur le marché international en cassant les cours de la vanille. Et des vanilles sous serre sont en cours de floraison en Asie et en Europe. A ce stade, on s’achemine vers un cours de 150 à 200 USD/kg, rendant une situation difficile des opérateurs qui peuvent perdre jusqu’à 300 USD/kg. Sur le plan national, le prix de la vanille préparée tourne autour de 1 200 000 Ar/kg, depuis deux ans. Cela diminue actuellement entre 600 000 et 800 000 Ar/kg, et pourrait aller jusqu’à 400 000 Ar/kg, dans les jours qui viennent, a-t-on évoqué.

Réguler le marché. Pour éviter cette catastrophe, il faut un réveil en sursaut de  la part des responsables à tous les niveaux pour réguler le marché. Tout d’abord,  le ministère de tutelle doit être rigoureux  en réglementant la période de campagne de collecte de vanille. En outre, la date d’exportation de ce produit doit débuter le mois de décembre, tandis que la période de fermeture doit être prévue le 31 mai de  chaque année, et ce, dans le but de mieux fluidifier le marché, suggèrent les opérateurs. Les industriels pourront de ce fait, assainir leurs stocks avant que les pays concurrents ne se positionnent sur le marché. Ce qui empêchera entre temps, les vols de vanille. A part cela, les acheteurs sont également tenus responsables de cette déstabilisation des prix de la vanille, dénoncent les acteurs de la filière. En effet, ils avaient soutenu les prix faramineux de ce produit très prisé sur le marché international. Ils acceptent de recevoir des produits quelque soit leur qualité. « Ces acheteurs doivent ainsi trouver une solution pour réguler le marché s’ils veulent vraiment défendre et prioriser la vanille naturelle par rapport à l’artificiel », ont-ils enchaîné.

Étrangers opportunistes. D’autres acteurs économiques soulèvent que, le blanchiment d’argent effectué par des opérateurs de bois de rose dans la filière et bien d’autres secteurs tels que l’immobilier et le transport, a en même temps contribué à cette déstabilisation des prix de la vanille à Analanjirofo et dans la SAVA, et ce, en toute impunité. En outre, des gros collecteurs offrent via facebook des prix défiant les potentiels acheteurs internationaux. En effet, ils opèrent dans l’informel sans disposer de magasins de stockage mais, ils achètent la vanille dans des hôtels ou appartements loués pour exporter. Ces personnes malintentionnées sont notamment des ressortissants mauriciens, indiens, africains et chinois, qui viennent à Madagascar avec un visa touristique et deviennent après des opérateurs, a-t-on appris. Ils disparaissent ensuite dans la nature pour revenir plus tard sous d’autres noms. En fait, ces ressortissants étrangers opportunistes se marient avec des femmes malgaches pour avoir un visa long séjour. Soit, ils créent une société auprès de l’EDBM (Economic Development Board of Madagascar), soit ils s’abritent dans une société qui a déjà un agrément pour pouvoir exporter de la vanille. Après trois ans d’exercice, ils changent de nom pour pouvoir effacer la trace fiscale tout en échappant au rapatriement de devises, a-t-on révélé.

Agréments. Comme mesure urgente, l’Etat via la direction des Impôts, doit imposer une caution minimum de 50 millions Ar avant de délivrer un agrément aux nouveaux exportateurs de vanille afin de protéger le régime fiscal. Plus précisément, il faut revoir l’octroi des agréments des exportateurs de vanille en émettant certains critères, afin de bien identifier les vrais et les faux opérateurs dans la filière. En outre, une législation fiscale très exigeante sur la qualité des exportateurs et non pas uniquement sur la valeur des taxes à payer s’impose, à part le renforcement du contrôle des gros collecteurs qui échappent au fisc. Cette législation fiscale ne vise pas ainsi à pénaliser les exportateurs formels, mais à sanctionner les opportunistes qui ne possèdent même pas d’infrastructure de stockage, et n’assurent pas la traçabilité de la vanille.

« Quick curing ». Par ailleurs, les acteurs de la filière dénoncent qu’aucun contrôle n’a eu lieu sur la production des matières transformées en extrait. Des unités de « Quick Curing » qui accélèrent le processus de préparation de la vanille verte, sont installées un peu partout. Des gousses épuisées sont ainsi traitées dans le processus avec un mélange de vanille artificielle. Ce qui perturbe le marché.  Il faut ainsi développer l’artisanat local pour une meilleure présentation de gousses de vanille en ouvrant le marché des vanilles tressées pour les cadeaux, entre autres. En tout, pour réorganiser la filière, les acteurs de la filière réclament la liquidation coûte que coûte des stocks de Madagascar, avant que les autres pays ne se positionnent sur le marché, l’élimination des opportunistes et la facilitation des procédures administratives. De son côté, le ministère de tutelle prévoit de mettre en place prochainement, un Conseil National de la Vanille qui regroupe les ministères concernés, le secteur privé et les acheteurs, pour réguler ce secteur stratégique.

Navalona R.

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5 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Tout ce qu’on veut nous les producteurs et les petits collecteur c’est qu’il arrête de nous manipulé à gauche et à droite car,comme nous le savons tous les malagasy sont pauvre et a l’instant même beaucoup vende leur bien car l’année 2019-2020 c’est un catastrophe, certains entreprise ont acheté très chère pendant la campagne verte pourtant ils ont pas pu acheter toute les vanille de Madagascar, voyons qu’ils ont acheté tout le monde ont acheté aussi a peut près a leur prix,pourquoi acheté chère au début de la campagne s’ils ont pas pour but de le faire jusqu’au bout,bref ce qu’on veut c ‘est peut importe le prix de leur vente ,chère ou pas on veut que sa soit stable le prix pour ne pas perdre d’argent en fin de campagne ce sont les exportateur qui lance le prix ,le petits collecteur et les paysans ne savent rien sur le prix de leur vente et tout le reste,je veux aussi souligné ces associations qui achète au près des producteur, ils achètent chère au niveau des producteur plus que le prix de vente de collecteur au magasin de l’explorateur, eux ils achètent que 2 fois dans une saison ,après leur première achat tout les producteurs font un bloc de prix ,on est alors obligé de suivre ce prix le problème c ‘est que la plus part du temps ils achètent pas cash, il veulent juste déstabiliser le prix car c’est pas tout les producteurs qui ont confiance en eux,

  2. Cela fait des années que nous attendons la baisse des prix, espérons cette année qu’elle va chuter car au prix actuel, beaucoup d’indépendant ferme la porte à cause des blanchiments d’argent. Ce sont toujours les petits qui ramassent. Maintenant avec un stock à 60% invendu, va falloir repartir comme avant.

  3. Les commentaires précédents sont effectivement très pertinentes et surtout à prendre au sérieux par l’Etat et les ministères en charge (le MICA n’est malheureusement à y être concerné en première ligne) de cette filière.

    Comme le dit l’article; c’est la deuxième fois que le phénomène se reproduit. La première entre l’année 2002 et 2004 et ce suite à un cyclone qui a frappé la région Est qui avait comme séquence un grimpé de prix vertigineux qui au final quelques années après, un brusque retombé inattendu par tous.
    Le prix n’a arrêté de chuter jusqu’en 2013 où des problèmes de maladies sur les lianes ont commencés à apparaître.
    En 2015, aucun report de stock de 2014 pourtant les besoins mondiaux sont grandissant. C’est à cette période que le phénomène du « kitsa » ou cuts ont commencé à apparaître. Où au faite, sous la pression des demande, les collecteurs commencent à collecter des gousses immatures pour produire cette qualité qui est classé de déchet mais dont le prix pouvait aller jusqu’à 500 000Ar à l’époque et certains société d’exportation dans la SAVA, les achetaient à plus 900 000Ar le kilo. De la cuts, mélangé avec de la graine épuisé ou non et revendu par les collecteurs.

    Beaucoup sont les personnes qu’ils appellent aujourd’hui, « les nouveaux milliardaires ». Des milliardaires qui malheureusement sont responsable de cette escalades des prix actuels. Ce qui est pénible, ils sont les premiers à se plaindre. Je me demande moi même pourquoi. Madagascar est-il destiné à continuer à produire ces types de vanille? Alors si le prix « se casse la gueule », pensez la fois où vous aviez pu en tirer de gros bénéfice par pratique d’y quelques années.

    Rendre ce marché libre pourrait malheureusement qu’amplifier ces mauvaises pratique. Comprenant que la vanille n’est pas de la tomate ou un simple produit dont tout le monde pourrait avoir accès et la préparer. Il s’agit avant tout d’un savoir faire et des dizaines d’années d’expériences. Aujourd’hui, tout le monde fait de la vanille et a sur leur « CV » que maximum trois ou quatre année d’expérience dans le domaine voir aucun (en parlant de ces pseudo « panera » ou trader sur les réseaux sociaux). Des bons préparateurs et connaisseurs se font rare et malheureusement cette savoir faire n’a pas été à 100% transmis sur la nouvelle génération, qui ne font que profiter de la situation où produire une vanille de mauvaise qualité peut leurs rendre riche.
    Ce temps est révolu pour vous. Aujourd’hui, c’est la qualité qui prime le prix. Donc voyons si la nouvelle génération serait capable d’offrir des services et des produits qui soient équivalent au prix qu’ils demandent et exigent.

    En ce qui concerne l’Etat malagasy, avant de fixer un quelconque prix (pour la verte ou la préparée sur le local et/ou l’international), consulter les besoins mondiaux actuels serait pertinent avant tout chose. Parce qu’à bon de fixer le prix à 350USD si aucun importateur ne peut l’acheter. Ce serait juste que pour éteindre une partie du brasier.

    Aujourd’hui le prix de la vanille est influencé par trois principaux conditions: les demandes mondiaux, la qualité et la quantité. En dessous de la pyramide: le niveau de vie de la population (la pauvreté), l’insécurité, l’environnement, les infrastructures, les lois (textes qui ne sont plus à jour malheureusement), les corruptions et le blanchiment d’argent, en gros des problématiques sociaux, économiques, politiques et environnementaux. Pour réellement porter des résolutions à cette filière, l’Etat avec la coopération de tous les acteurs concernés (public ou privé) doivent traiter en vrac ces problématiques qui sont liées les une sur les autres.

    La vanille rapporte plus 300 millions d’euros en devis à Madagascar, même pas les 10% ne sont investi par ceux qui en bénéficie pour rendre pérenne et stabiliser cette filière. Arrêtons cette hypocrisie où lors des réunions ou atelier tout le monde semble ETRE PRESENT à la réunion or que derrière, rien est pour que le prix; les demandes, la qualité et la quantité ne soient maîtrise.

  4. C’est bien beau, mais le gouvernement fait ce que de gros exportateurs influents décident, toujours le même film, seuls les acteurs changent. Le quick curing a été dévastateur pour le pays, tout comme les achats massifs de vanille verte sous la bienveillance de pseudo associations parrainées par des grands groupes (voulant se dorer une image) voulant oeuvrer pour le « bien des paysans » (sic). Résultat : des prix qui ont explosé et une qualité qui s’est effondrée. Aujourd’hui la consommation va inéluctablement baisser et tout le monde en paiera le prix, on récolte ce qu’on l’on sème, et les prix vont descendre à leur juste valeur. Tous ceux qui ont voulu « réguler » dans l’intérêt des un ou des autres n’ont fait que désorganiser le marché et l’intérêt des uns ou des autres ne fait pas l’intérêt général. Laissez ce marché libre, l’offre, la demande, la qualité s’ajusteront naturellement. Et les grands groupes (3 américains, 2 suisses) qui s’affichent « propres », et bien arrêtez de financer et provoquer les récoltes immatures, arrêtez d’acheter chez les blanchisseurs (bois de rose et autres très bien connus) et arrêtez de vouloir gouverner les producteurs de vanille, sous prétexte que vous êtes plus riches et plus intelligents.

  5. Le prix fictif alimenté par le trafic de bois de rose est connu comme décrit dans l’article. Tous les pays d’Afrique et avant celà les pays du sud-est asiatique ont connu ces prix fictifs et le pillage des matières premières et ressources naturelles. La mafia internationale a de longues expériences sur ces opérations. Les autorités des pays détenteur de ressources jouent le jeu. Ce n’est pas terminé.

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