Mamisoa Fredy Andriamalala : Repenser la politique de l’éducation nationale pour l’émergence économique

Mamisoa Fredy Andriamalala, économiste politologue.

L’amélioration du capital humain est indispensable dans le processus d’émergence économique, selon Mamisoa Fredy Andriamalala, économiste et politologue, Professeur des Universités. Interview.

 Midi-Madagascar (MM). En cette période de propagation du Covid-19, quel est votre constat sur le développement socioéconomique à Madagascar ?

Mamisoa Fredy Andriamalala (MFA). D’une manière générale, nombreux sont les impacts social et économique de la Covid-19: l’indisponibilité des biens et services publics non marchands ou mixtes dont l’éducation ; l’accroissement du taux et de l’intensité de la pauvreté ; le renforcement des événements déclencheurs de l’exclusion sociale : perte d’emplois, licenciements, mauvais état de santé lié au manque d’approvisionnement dans des domaines d’existence (nourriture, logement, etc.), le sous-emploi et le chômage de longue durée, la diminution des densités de sociabilité ( désintégration de l’entraide sociale et familiale, et des relations de voisinage), etc.

  1. Vous soutenez l’importance du Capital humain pour l’émergence économique. Comment trouvez-vous les impacts de la crise sanitaire sur le développement social, en particulier l’éducation nationale ?

MFA : Tout d’abord, dans toutes les sociétés, quels que soient leurs niveaux de développement, les systèmes éducatifs ont des relations directes ou indirectes avec le processus de développement. Les politiques éducatives, de par leur finalité, leurs objectifs et leurs moyens, sont appelés à contribuer à l’amélioration d’une vie sociale, économique, politique et culturelle satisfaisante pour les individus et la société entière.

Or, on a constaté que le système éducatif malgache a de plus en plus du mal à jouer ces rôles pour les raisons suivantes : faible accès à l’éducation fondamentale, rendement scolaire insatisfaisant (le taux de scolarisation dans le primaire est de 69%, dans le secondaire 50% et le taux d’achèvement au Lycée est de moins de 30%), insuffisance et détérioration des infrastructures scolaires, manque de quantité, de qualité et de motivation des enseignants, mauvaise gestion des programmes éducatifs tant au niveau du Ministère central qu’au niveau des structures locales, etc.

A cela s’ajoutent les impacts d’une longue interruption des activités pédagogiques sur l’acquisition des connaissances. Et ce, à cause de la propagation de la Covid-19.

En effet, depuis ces dernières décennies, les produits du système éducatif (les diplômés) aussi bien au niveau de l’éducation de base et secondaire qu’au niveau de l’enseignement supérieur, tous domaines confondus, n’ont pas d’impacts significatifs sur le développement et sont sous-exploités. Les données récentes montrent que la plupart des diplômés se trouvent dans une situation de chômage et de sous-emploi de longue durée.

  1. En tant que spécialiste des Politiques de développement et du Management des Politiques Publiques, pouvez-vous parler des solutions adaptées pour éviter la faillite du système éducatif ?

MFA : Au vu du contexte évoqué plus haut, pour garantir les rôles que joue le système éducatif dans la promotion de l’émergence économique et du développement social, il est pertinent de repenser la Politique éducative à Madagascar en réorientant le Plan sectoriel actuellement mis en œuvre.

Par rapport à l’intérêt politique et/ou pratique des recherches que j’ai menées à l’université, une esquisse stratégique pour une révision et une réorientation de la politique de l’éducation nationale vient d’être élaborée et pourra être proposée aux décideurs politiques si besoin est pour rendre plus efficace le système éducatif national. Elle sera également utilisée à des fins pédagogiques pour les étudiants en Master dans le cadre des cours de Politiques Publiques et Administration Publique.

  1. Pouvez-vous être plus explicite ?

MFA. L’esquisse en question, pour une éventuelle révision ou réorientation de la Politique éducative, est conçue sur la base de la réalité observable et des politiques actuelles et de leurs environnements politique, économique et social (PSE : Programme Secteur Educatif et PEM -Secteur éducatif). Elle comporte Trois grandes réorientations stratégiques.

La première orientation concerne « La Politique de l’Enseignement de Base et de la Formation Technique et Professionnelle », qui vise à renforcer l’enseignement de base fondé et secondaire sur l’excellence, selon les besoins du développement. Elle est composée de deux axes stratégiques, à savoir : la Mise en place effective d’un enseignement de base et secondaire de qualité, d’une éducation civique et citoyenne et d’une alphabétisation renforcées, et l’accroissement de l’accès à l’enseignement de base et secondaire par l’amélioration et le renforcement des infrastructures scolaires et du personnel enseignant dans différentes régions de Madagascar.

La deuxième réorientation stratégique consiste à « Améliorer le Programme d’Enseignement » par le renforcement de la connaissance et de l’employabilité des diplômés de l’enseignement de base en réorganisant les programmes de formation selon les besoins de l’économie nationale et régionale. Elle est constituée par un axe stratégique visant à vulgariser la formation technique et professionnelle par la mise en place des écoles des métiers spécialisés dans chaque Région en révisant les plans des cours ( primaire, secondaire et Lycée) selon le besoin du plan d’émergence (PEM), le contexte de la modernité et de la mondialisation actuelles.

La troisième réorientation comporte quatre axes stratégiques. Elle apporte une « Refonte de la Politique Pédagogique ». Le premier Axe stratégique est de miser sur les nouvelles techniques de formation pour renforcer la connaissance et promouvoir le développement social.

Le deuxième axe stratégique a pour but d’accroître les compétences pédagogiques par le renforcement des capacités du personnel enseignant.

Le troisième Axe a pour objectif de Renforcer les ressources humaines du Ministère par la création du « Service Participatif au Développement National (SPDN) » pour les nouveaux diplômés titulaires de Licence et de Master (une recommandation pour la création du SPDN a été élaborée sous forme d’Avant-projet de loi)

Le quatrième Axe stratégique consiste en la réorganisation du calendrier scolaire pour accroître l’efficacité de l’enseignement et diminuer le taux d’absence et d’abandon scolaires (Grandes vacances : Décembre à Février (période de soudure et de cyclone et Période des grands travaux agricoles marquée par une forte participation des enfants).

  1. Quelle est la qualité du Capital humain jugée suffisante pour gérer avec efficacité les Politiques Publiques ?

MFA. La réussite de l’action d’un gouvernement est en partie fonction de la forte performance des personnes placées pour diriger une Politique Publique. Ce sont des « oiseaux rares » ayant des convictions politiques bien enracinées. Il s’agit des Managers performants possédant un leadership confirmé. Ce sont des « Managers-Publics pragmatiques » qui sont capables d’entretenir des dialogues et relations mutuelles dialectiques dans différents domaines d’intervention. Ce sont des Légitimateurs et Propagandistes Scientifiques de la politique gouvernementale. Ils sont capables de prévoir les conséquences positives et les retombées négatives des décisions que le Président de la République a pris ou va prendre pour accélérer le développement.

A Madagascar, nombreux sont ceux qui ont des compétences remarquables pouvant diriger avec plus d’efficacité et d’efficience. Les Politiques Publiques, il incombe aux responsables politiques de les identifier, les garder et les attirer.

  1. Pouvez-vous parler de l’ouvrage en trois tomes que vous venez de publier. Une Revue économique ?

MFA. Il s’agit notamment d’un ouvrage de 1 500 pages, intitulé « Les Chemins de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale et les Politiques Publiques Associées », réparti en trois tomes, qui vient d’être publié par le Centre d’Etudes Economiques de l’Université d’Antananarivo.

Le tome 1 s’intitule « Niveaux de ressources, Conditions de vie, vécu et trajectoires des populations pauvres ». Le tome 2 porte le titre « Le financement du développement et des Politiques Publiques de lutte contre la pauvreté ». Le tome 3 est intitulé « Du Management public et des Politiques publiques de lutte contre la pauvreté au Plan d’Émergence Économique »

  1. Merci pour ces éclaircissements. Quelques mots pour conclure ?

MFA : Le développement de Madagascar passe par le changement de la mentalité des acteurs du développement. C’est surtout une question de véritable révolution des pratiques et cultures dans la gestion des Politiques Publiques dont l’ancrage de la culture de bonne gouvernance, de la redevabilité et des résultats. Et c’est par là qu’il faut commencer.

Recueillis par Antsa R.

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5 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Izao no zava-misy : fampianarana tsy mifantoka amin’ny maha-malagasy sy Madagasikara, programa tsy mifanaraka amin’ny zava-misy eto Madagasikara, programa tsy mampivelatra ny fomba fijerin’ny mpianatra sy ny ankizy.

    Izao fijaliana be miatra amin’ny firenena izao dia vokatra ny kitoatoa amin’ny programa sy ny rafim-pampianarana misy eto Madagasikara hatramin’izay ka hatramin’izao.

    Raha ny politikan’ny fampianarana eto Madagasikara dia ny vazaha mpamatsy vola sy ny malagasy tsy ampy solaitra no mamolavola azy hatrizay koa tsy mahagaga raha izao gisitra Madagasikara.

  2. · Edit

    il me semble que le système scolaire était plus performant sous la colonisation….mais une chose a changée… la démographie est passée de 5 millions à 25 millions….les richesses du pays ont-elle été multipliées par 5 ?

  3. Tout a fait d’accord avec le précédent commentaire. Le développement d’un pays se fait avec l’ensemble des richesses humaines et de son peuple. Pour ce faire, il y faut non seulement une école gratuite et obligatoire mais aussi des enseignants bien mieux rémunérés qu’aujourd’hui et des emplois pour récompenser les meilleurs d’une classe d’âge. C’est la promotion au mérite et non le clientélisme, le népotisme ou le favoritisme. A défaut, c’est la sclérose de la société et la fuite des meilleurs cerveaux vers des horizons meilleurs. Hors quand des enseignants sont payés à demi smig, que les parents n’ont pas les moyens de financer la scolarité de leurs enfants en primaire et encore moins de leur permettre d’accéder à l’enseignement supérieur, on encore très loin d’une emergence mais bien dans un grand gaspillage des véritables compétences.

  4. Déjà , si on commençait par offrir une éducation laïque et gratuite pour toutes et tous dans des cadres éducatifs décents………Il serait fait un grand pas dans le « Repenser de la Politique de l’E.N. sans devoir faire de grands discours avec de grandes théories

  5. Bla bla bla rien de bien nouveau … ils veulent tous juste devenir ministre pour avoir une bonne paye….

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