Projets d’énergie fossile : Les bailleurs de fonds de plus en plus réticents

La Banque européenne d’investissement (BEI) l’a annoncé ouvertement en novembre 2019. Cette institution a l’intention de supprimer progressivement le financement des énergies fossiles. Elle n’accorderait plus de prêts pour des projets impliquant du pétrole brut, du gaz naturel et du charbon à compter du 1er janvier 2022 (à quelques rares exceptions près pour les projets gaziers qui répondent à des critères environnementaux rigoureux). En effet, la BEI est la première grande institution financière multilatérale à s’engager publiquement à abandonner les énergies fossiles au nom de la lutte contre le changement climatique. Son engagement n’est pas passé inaperçu. En octobre 2020, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies (ONU), a appelé les banques de développement publiques mondiales à emboîter le pas. Moins d’un mois plus tard, l’ensemble de ces 450 institutions – dont, incidemment, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) – ont accepté d’aligner leurs politiques de prêt sur l’accord de Paris sur le climat.
Tendance. Cette décision ne prévoyait pas d’interdiction catégorique de prêts aux combustibles fossiles, car certains des prêteurs concernés, comme la Banque asiatique de développement (ADB), n’étaient pas disposés à prendre cet engagement. Cependant, un groupe de prêteurs européens a fait exactement cela – et ils n’étaient pas les seuls à le faire. S’exprimant sur le sujet, le président de la Chambre africaine de l’énergie, NJ Ayuk, a évoqué que les banques publiques de développement ne sont pas les seules institutions à prendre les enjeux climatiques très au sérieux. « Depuis le début de 2020, un certain nombre de grands prêteurs privés – y compris, mais sans s’y limiter, des géants tels que Barclays, HSBC et Morgan Stanley – ont mis en place des plans pour atteindre des émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) nulles d’ici 2050. D’autres, tels que Blackrock, une importante société de gestion d’actifs, se sont engagés à rendre plus d’argent disponible pour les projets d’énergie renouvelable. Et il y a quelques semaines à peine, le Groupe Standard Bank d’Afrique du Sud a rejoint le chœur, affirmant qu’il ne financerait plus les projets de combustibles fossiles à moins que les sponsors ne puissent démontrer le respect de normes environnementales strictes », a-t-il avancé.

 Développement. Dans ce scénario, les préoccupations climatiques en viennent à dicter les politiques de prêt des institutions financières occidentales, selon NJ Ayuk. Pour lui, d’ici 2025, toutes les banques de développement publiques du monde se sont jointes à la BEI pour refuser de financer des projets de combustibles fossiles. Et pourtant, les considérations climatiques et les engagements idéologiques en faveur de l’élimination des émissions de gaz à effet de serre pourraient bien passer au second plan pour des questions plus urgentes sur la manière d’encourager la croissance économique en Afrique et de fournir les produits de première nécessité à la population croissante du continent. Pour le président de la Chambre africaine de l’énergie, il est temps de plaider en faveur du pétrole et du gaz. « L’Afrique devrait avoir la possibilité d’utiliser son propre pétrole et gaz pour se renforcer, en particulier avec l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange continental africain. Il y a plus d’une option pour financer les projets pétroliers. Les États africains devraient s’opposer à l’idée qu’il est temps pour les banques occidentales d’arrêter tout financement des énergies fossiles. Je pense que les producteurs africains de pétrole et de gaz devraient se défendre et plaider pour le développement de leurs propres ressources – en particulier pour utiliser les combustibles fossiles les moins polluants pour fournir autant d’électricité que possible au plus grand nombre de personnes possible », a-t-il martelé.

Antsa R.

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