En attendant de franchir le Rubicon



Jacaranda

Le durcissement du régime contre ceux qu’il considère comme ses adversaires est le fait marquant de cette semaine. C’est sans prendre de gants que le pouvoir montre sa puissance aux supposés fomenteurs de troubles. Les perquisitions opérées ces derniers jours sont la réponse maladroite aux dénonciations des différentes bévues de nos dirigeants, mettant ces derniers en position de faiblesse vis-à-vis de l’opinion. En focalisant l’attention de la population sur ces opérations très médiatiques, nos dirigeants espèrent contenir le feu qui couve depuis un certain temps. Nul ne sait pour l’instant jusqu’où ils peuvent aller pour mettre au pas ceux qui seraient tentés d’exprimer cette exaspération en train de monter lentement mais sûrement. Le sénateur Lylison a été bien sûr le premier sur la liste des fomenteurs de troubles potentiels. Son profil de baroudeur et le ton peu amène de ses déclarations envers le président de la République en ont fait un ennemi déclaré du régime. Ce dernier est maintenant dans le collimateur de la justice et doit tout faire pour ne pas être localisé. L’opérateur Mamy Ravatomanga a une personnalité plus lisse que celle de cet ancien commandant du FIS et on comprend difficilement cet acharnement contre lui. Bien qu’il ne cesse de proclamer son peu d’intérêt pour les machinations sordides, il est accusé de participation à des manœuvres de déstabilisation. Jusqu’à présent, il ne s’agit que d’actes d’intimidation car les fouilles minutieuses des forces de l’ordre n’ont rien donné. Le ressortissant français Franck Legrand, figure très connue du monde de la restauration de la capitale, a lui aussi été sous le feu des projecteurs avec cette présence des éléments de la gendarmerie à son domicile, hier.

L’actualité internationale n’est pas plus souriante avec la multiplication des points chauds à travers le globe. La tension qui règne dans ces endroits est génératrice d’affrontements sanglants, de tristesse et de désolation. Daech est en train de voir ses bastions tomber un à un, mais l’organisation terroriste est loin d’avoir rendu les armes. Elle continue de frapper de manière aveugle les innocents comme ce fut le cas cette semaine en Syrie. Elle a renforcé ses positions en Lybie et elle se prépare à des actions d’envergure depuis ses bases sur place. Sur le continent sud-américain, les poussées de fièvre contestataires sont en train de bouleverser les échiquiers politiques. Le président Nicolas Maduro doit faire face à une vague de manifestations sans précédent et sa réponse à la demande de démission qui lui est adressée est sans ambages : la proclamation de l’Etat d’exception. Au Brésil, le président par intérim Michel Temer commence à affronter ses premiers problèmes après la démission de son proche conseiller après la publication d’un enregistrement compromettant. Le continent africain n’est pas lui non plus épargné par les soubresauts démocratiques. La RDC ou le Mali ont vu une partie de leur population descendre dans la rue pour protester contre leurs dirigeants. Last but not the least, la France est, elle aussi, le théâtre d’un face-à-face de plus en plus tendue entre le pouvoir et les syndicalistes décidés à tout faire pour le retrait de la loi sur le code du travail.

Nul ne sait jusqu’où va aller le régime du président Hery Rajaonarimampianina pour stopper toute velléité de contestation. Il est resté pour l’instant dans une limite tout à fait raisonnable et s’en tient à des actes d’intimidation. Les jours à venir permettront de voir s’il franchira le Rubicon et passera à des actions encore plus offensives.

Patrice RABE

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