Diffamation envers un ministre : Deux journalistes de « Matin » placés sous MD

: Jean Luc Rahaga et Didier Ramanoelina ont passé leur première nuit en prison hier. (Photo : Nary Ravonjy)
: Jean Luc Rahaga et Didier Ramanoelina ont passé leur première nuit en prison hier. (Photo : Nary Ravonjy)

Jean Luc Rahaga et Didier Ramanoelina constituent donc les premiers journalistes emprisonnés sous la IVe République.

Un record ! Le régime Rajaonarimampianina a battu un nouveau record en termes d’intimidations contre les organes de presse. Après seulement 6 mois de pouvoir, le régime actuel envoie déjà deux journalistes en prison. Convoqués à la Brigade des Recherches criminelles à Fiadanana hier à 8 heures, Jean Luc Rahaga, Directeur de la publication du quotidien Matin et le Rédacteur en chef du même journal, Didier Ramanoelina ont été déférés au parquet dans l’après-midi. Un fait qui survient à la veille de l’atelier d’élaboration du Code de la Communication qui débute ce jour à Antsirabe. Bon nombre d’observateurs se posent des questions sur cette procédure qui semble avoir été accélérée à une vitesse impressionnante. Et ce, dans la mesure où après presque 8 heures d’audition à Fiadanana et 2 heures au parquet, les deux journalistes ont été placés sous mandat de dépôt à Antanimora vers 18h30. Pourtant, si l’on se réfère au Code pénal, la liberté provisoire constitue la règle tandis que le mandat de dépôt c’est l’exception. Le MD est une procédure réservée aux récidivistes et aux personnes dont l’adresse exacte n’est pas connue. Ce qui n’est pas du tout le cas de ces deux journalistes qui se trouvent désormais en prison pour un délit de presse. D’ailleurs, le procès a déjà été fixé pour demain à 13 heures. Cette situation incite les observateurs à se demander si les enquêteurs et les juges n’ont pas subi de pression.

« Erreur ». Quoi qu’il en soit, Jean Luc Rahaga et Didier Ramanoelina constituent donc les premiers journalistes emprisonnés sous la IVe République. Il convient de noter cependant que suite à cette « erreur », le Rédacteur en chef, Didier Ramanoelina, Solo Rabefiringa de son nom de plume a déjà été démis de ses fonctions. A noter que cet emprisonnement fait suite à une plainte déposée par le ministre d’Etat chargé des Infrastructures, de l’Equipement et de l’Aménagement du Territoire, Rivo Rakotovao. Le nom de ce dernier, ainsi que celui de deux autres membres du gouvernement ont été cités nommément dans le « Courrier des lecteurs » paru la semaine dernière dans ledit journal, comme étant impliqués dans des affaires de trafics illicites de bois de rose. Au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue dans son bureau hier après-midi, à la même heure où l’affaire a été déférée au parquet, le ministre Rivo Rakotovao qui n’est autre que le président national du parti au pouvoir, le HVM, a confirmé qu’il souhaite réellement punir les auteurs de cette diffamation. « J’ai décidé de porter plainte car je me suis senti touché dans mon honneur… Je ne tolèrerai jamais ce genre d’humiliation, j’ai pris cette initiative non pas en tant que ministre mais en tant que Rivo Rakotovao », a-t-il soutenu. Il a également démenti les rumeurs sur son implication dans d’éventuelles pressions sur les enquêteurs et les juges.

Intimidations. En tout cas, bien malgré cette déclaration, cette affaire provoque des soupçons de manipulations et d’instrumentalisation de la Justice. D’autant plus qu’après les polémiques qui se sont installées notamment à la suite du déplacement « officiel » ou « privé » (c’est selon) à Rome, le président Hery Rajaonarimampianina, le Premier ministre Kolo Roger et le président du HVM, Rivo Rakotovao ont lancé à maintes reprises une mise en garde contre les organes de presse lançant des critiques acerbes contre le pouvoir. La question est de savoir pourquoi certains députés condamnés pour détournement et viol sur des mineurs ne sont pas du tout inquiétés alors que l’Etat de droit constitue le leitmotiv du régime ? L’on se demande également que signifie ce silence radio du ministre de la Communication, Reboza Cyrille qui, contacté hier après-midi par notre confrère de la RFI aurait déclaré qu’il n’était pas au courant de cette affaire. Face à ces intimidations et ce danger qui plane sur le monde de la presse à Madagascar, une Assemblée générale de tous les journalistes aura lieu cet après-midi à 14h au Restaurant « Le Bon Accueil » Antaninarenina.

Davis R

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