Vers une nouvelle approche de gouvernance…

Jacaranda

LAN101Olivier Landry Rabe, Economiste et Consultant international répond à nos questions. Interview

Midi : Que vous inspire la situation actuelle ?

OLR : D’abord il faut signaler que le régime actuel est confronté condamné à faire face aux lourds passifs de mauvaises et mal gouvernances et aux charges lourdes des crises successives depuis 1971… Aujourd’hui, les indicateurs virent au rouge et risquent de fragiliser le régime post crise, entres autres : taux de pauvreté estimé à plus de 76%, perte de plus de 300 000 emplois, taux de pression fiscale très faible de 11%, insécurité galopante, des ressources naturelles et stratégiques devenues l’apanage d’un groupe de pression très puissant… instabilité politique créée de toutes pièces… croissance économique très faible à moins de 3%…Déficit budgétaire alarmant.
Madagascar relégué en dessous de la moyenne africaine en matière de gouvernance… tout n’est pas en faveur du nouveau régime…

Midi : La situation est-elle désespérée et les risques sont-ils certains ?

OLR : Cela dépend de beaucoup de variables endogènes et exogènes… à l’heure actuelle, des politiciens en quête de pouvoirs et de riches prédateurs en mal de spoliation des richesses du pays peuvent effectivement déstabiliser le régime à travers des actes connus et dévastateurs… profitant de la situation non enviable d’après crise et de la paupérisation collective de la population…en face, les premiers signes de changement malgré les efforts de l’exécutif ne produisent pas encore les effets escomptés… la création d‘emplois tarde à faire foi,  le retour effectif des investisseurs est hypothéqué par l’instabilité… et l’insécurité.

Midi : Est-ce que l’exécutif est donc incompétent ?

OLR : C’est difficile, étant donné que l’exécutif aurait dû faire face à beaucoup d’embûches  comme : la nomination du PM ( bras de fer autour de l’art 54 et les tensions au sein de l’Assemblée nationale), retard de la levée effective des sanctions internationales, en fait le 26 juin 2014 est la véritable date de référence à mon avis pour le démarrage effectif de l’Exécutif, ce qui n’enlève pas la responsabilité des membres du Gouvernement sur l’ambiguïté de leur efficacité/ performance, et ce malgré l’interpellation du PRM et la sortie de la PGE en Mai 2014… c’est plus une question d’expériences, de cadre d’intervention et parfois de maladresses opérationnelles et/ou tactiques  plutôt que d’incompétence manifeste.

A mon humble avis, ils ont intérêt à sortir dans les meilleurs délais des matrices de développement   claires de gouvernance (sphères de gouvernance cohérentes avec les discours du PRM et de la vision stratégique de la PGE ? )

Midi : Alors, quelles solutions vous préconisez ?

OLR : Bien sûr, il n’existe pas de recettes, ni de solutions miracles …mais nous devrions revenir à la source et privilégier nos vraies valeurs  comme : le FIFANAJANA °,le FIHAVANANA et surtout le TENY IERANA et LE LAOBARY AN-DASY car il faut toujours prendre en considération que le régime actuel hérite quand même à la fois des atouts majeurs et des facteurs de blocage qui risquent de devenir des menaces réelles s’ il ne prend pas au plus vite les mesures idoines et profite des opportunités offertes… il convient à tout prix de : savoir valoriser le retour progressif à l’ordre constitutionnel…la reconnaissance des communautés internationales, l’avènement du fuel ( à la fois avantage et inconvénient ?), la ruée des investisseurs potentiels, la levée des sanctions internationales…, la mobilisation d’ un vivier important d’intellectuels et de techniciens de qualité et de bonne volonté ( qui raisonnent en termes d’amour de la patrie..) prêts à relever les défis de la lutte contre la pauvreté et la recherche de la croissance inclusive

Donc les solutions ?, appartiennent à NOUS TOUS sans exception…mais l’Exécutif devrait manifester une véritable volonté à appliquer les promesses présidentielles à travers la PGE,et les 3 axes stratégiques (DDB)  classiques : Démocratie/Etat de droit, Développement inclusif et l’effectivité de la bonne gouvernance… mais faudrait-il encore bénéficier du soutien de toutes les parties prenantes , des forces vives et de la majorité convaincue par la nécessité et l’obligation de défendre la DDB ?. A noter qu’à ma connaissance, le PRM à maintes reprises a prôné son attachement à cette nouvelle approche de gouvernance axée sur la défense de DDB…

Midi : Les ingrédients sont-ils là pour pouvoir en sortir ?

OLR : je dirai, la situation est plus complexe que simple…mais, le peuple malgache ne veut plus dans sa majorité plonger dans de nouvelles crises… sources d’appauvrissement et de régression (les indicateurs l’attestent)… bon nombre aspirent à la stabilité, à la paix et au bien-être

En effet, le PRM promet assainissement de l’économique, du social, de la communion nationale et du climat des affaires, l’AGOA et autres opportunités d’affaires pourraient booster la reprise économique… dans ce sens

Mais la nécessité d’un regroupement au sein d’une entité structurée sur la base de nos valeurs ancestrales, disciplinée et motivée par la défense des DDB est plus que SOUHAITABLE pour soutenir cette nouvelle dynamique de développement concerté et inclusif… que bon nombre de politiciens honnêtes et responsables partagent et essaient de discuter la faisabilité…

Midi : Vous soutenez donc le régime ?

OLR : La question n’est pas, de soutenir ou de s’opposer au régime actuel, pour moi, il appartient librement à chacun de s’aligner ou   de s’opposer à la vision à Long Terme de ce régime, à son programme/axes stratégiques, et sa réelle volonté à développer le pays, à asseoir un véritable Etat de droit et défendre une démocratie responsable… et à travers la PGE, les discours du PRM, les ingrédients sont là…et quel est le mal en adhérant à ces défis  de bonne gouvernance et de développement du pays? et surtout que le PRM  accorde de l’importance à l’effectivité de la bonne gouvernance et la lutte contre la CORRUPTION…mais tout le monde attend des signaux forts…au niveau de l’Exécutif par rapport aux discours prometteurs du PRM.

Midi : Les mots de la fin…

OLR : J’admets, les tâches demeurent difficiles, mais les membres du Gouvernement et les Hauts responsables de l’Etat devraient être capables de renverser les tendances en affichant de réelles capacités d’anticipation et d’adhésion à l’esprit de la Gestion axée sur les résultats et mettre plus d’emphase sur la pertinence de leur vision sectorielle (déclinaison intelligente de la PGE) et démontrer la qualité de leur LEADERSHIP aux fins de gagner leur légitimité aux yeux de l’opinion publique et internationale…la nouvelle approche exige l’excellence et la méritocratie …UP OR OUT… les nouveaux défis ne devraient plus accepter la médiocratie, le tâtonnement et l’approximation…. Chaque responsable gagnerait dorénavant à accepter d’être démis ou carrément démissionner de ses fonctions en cas d’échec spectaculaire par rapport à des contrats programmes bien définis ….et l’égard aux exigences de la situation qui prévaut….

Recueillis par Z.R

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