Cécile Mégie de RFI : « Dans ce métier, le risque zéro n’existe pas »

Cécile Mégie, une dynamique Directrice à la tête de RFI.
Cécile Mégie, une dynamique Directrice à la tête de RFI.

Cécile Mégie, Directrice de Radio France International (RFI), est pour la première fois à Antananarivo. Elle a présidé le jury de la désignation des deux lauréats de la «Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon». Les gagnants, Ando Rakotovoahangy, journaliste de Radio Alliance 92 et Hanitriniony Jhons Marry Ralainarivo, responsable de postproduction à la Radio RLI sont invités à Paris pour une formation intensive au mois de mars 2016. La journaliste à l’école de journalisme de Sciencespo et le technicien à l’INA. A l’issue de la cérémonie de remise de diplômes, vécue dans une ambiance de satisfaction et de joie, Cécile Mégie nous a accordé cette interview dans laquelle elle exprime son point de vue sur l’impunité des auteurs de crimes contre les journalistes, sur les enquêtes menées pour appréhender les assassins de ces deux journalistes tués à Kidal au Mali en 2013 et sur ce métier dont « le risque zéro n’existe pas ».   

Midi: Où en est pour vous aujourd’hui la lutte contre l’impunité des crimes commis envers les journalistes, en France et dans le monde ?

Cécile Mégie : Cette journée du 2 novembre a été choisie par les Nations Unies quelques semaines après l’assassinat de Ghislaine et Claude pour en faire la journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Les crimes commis contre les journalistes se sont multipliés ces dernières années. Contre les journalistes parce qu’ils faisaient leur métier. Pour les faire taire. Contre les journalistes parce qu’ils deviennent des cibles sur les terrains de conflit. Pour nous, il est primordial de protéger les journalistes qui vont sur des terrains dangereux. Nous avons à France Médias Monde développer des procédures, un stage de formation, donner le plus d’outils possibles à nos journalistes qui vont sur le terrain pour se protéger. On sait que le risque zéro quand on fait ce métier n’existe pas. Mais nous devons, nous en tant que responsables de rédaction et de médias décider parfois de ne pas aller sur des terrains trop dangereux.  L’impunité ? Nous savons qu’à peine 7 cas sur 100 des crimes contre les journalistes sont élucidés. On en connaît les coupables. Ils sont jugés. La lutte contre l’impunité est pour nous primordiale.

Midi : Où en sont aujourd’hui les enquêtes sur l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon?

Cécile Mégie : Nous devons savoir dans le cadre de Ghislaine et de Claude comment, pourquoi, par qui ils ont été tués ce 2 novembre. Nous voulons savoir ce qui s’est passé. L’enquête aujourd’hui, deux ans après, est en cours. C’est un temps long. C’est une enquête pour terrorisme. La levée du secret défense a été demandée pour certaines pièces par le juge Trévidic qui était en charge de l’enquête jusqu’au mois de septembre dernier et par le juge Herbeau qui reprend l’enquête à présent. Nous attendons que le ministère de la Défense français prenne en compte cette demande qui pourra faire avancer l’enquête. Nous sommes conscients que ces enquêtes sont très longues. Le temps de la Justice, le temps d’une enquête sur un terrain comme celui de Kidal ne peut être que très long. C’est un terrain de guerre encore aujourd’hui. Il est très difficile de s’y déplacer pour les enquêteurs. Nous souhaitons que la Justice malienne coopère également avec la Justice française. Nous savons que des commissions rogatoires internationales ont été envoyées au Mali. Nous attendons que la réponse des autorités maliennes soit complète. Pour l’instant elle est partielle. Nous sommes là pour que l’enquête avance. Pour qu’un jour, pour la mémoire de Ghislaine et de Claude, pour leurs familles, pour leurs proches, pour les médias auxquels ils appartenaient, pour RFI, on sait ce qui s’est passé ce 2 novembre à Kidal.

Recueillis par Zo Rakotoseheno

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2 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. « le risque zéro n’existe pas » : c’est vraiment un euphémisme car les risques professionnels des journalistes sont effectivement très nombreux et fréquents : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=562

  2. Au moins, les journalistes malagasy retrouvent en Cécile Mégie de la R.F.I. la confiance et une assurance dans l’exercice de leurs métiers et dans leurs missions d’informer et même d’éduquer.
    N’est-ce pas aussi un message au pouvoir de respecter la liberté d’expression, de communiquer et de conscience ?
    Il est vrai que, sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, en 2 ans, le pouvoir avait quelques « malentendus » et contentieux avec les journalistes …

    N’empêche le risque zéro n’existe pas, ni du coté du pouvoir, ni du coté des journalistes et médias.

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