André Rasolo : « Madagascar tombe de nouveau dans une logique d’affrontement »

Le Professeur de sociologie politique, ancien diplomate et membre du Comité d’Experts pour la réconciliation émet son point de vue concernant la situation politique actuelle. Interview.

Midi: Que pensez-vous du durcissement des contestations à Soamahamanina, les répressions du mouvement du MMF et les poursuites contre les dirigeants MAPAR ?

André Rasolo: « Ce n’est pas un bon signe à deux mois du Sommet de la Francophonie et à peine  trois mois de la conférence des Bailleurs à Paris. Le soulèvement des paysans de Soamahamanina est un phénomène nouveau dans la contestation du pouvoir à Madagascar, jusqu’ici réservée aux mouvements urbains. Soamahamanina, avec l’emprisonnement des deux leaders et la détermination des paysans, risque de faire tâche d’huile dans les milieux ruraux, loin des autorités (tany lavitra andriana). On remarque également que le mouvement animé par le MMF ne s’essouffle pas. Il arrive même à inciter les forces de l’ordre à faire des excès de zèle. Leurs bavures ne pourraient qu’amplifier les réactions de colère et d’indignation de la capitale. Enfin, les dirigeants MAPAR sont terrorisés selon des méthodes que je n’ose même pas qualifier. Elles ne peuvent que rallumer inutilement les tensions et les conflits. En résumé, face aux réactions musclées du régime s’organise la détermination des mouvements ruraux et urbains contre le pouvoir en place. Madagascar tombe de nouveau dans une logique d’affrontement ».

M.M : Quelle solution proposez-vous pour éviter le conflit ?

A.R : « Il n’y a pas de solution miracle. En 56 ans d’indépendance, Madagascar n’a connu qu’une seule fois l’alternance démocratique au pouvoir. A l’élection présidentielle de 1993, après le grand mouvement des forces vives en 91, l’Amiral Didier Ratsiraka a reconnu sa défaite. Il a salué la victoire de son adversaire, le Pr Albert Zafy. C’était l’unique cas d’alternance démocratique à Madagascar. Mais même dans cette circonstance, deux ans avant la fin du mandat du Président Albert Zafy, l’Assemblée nationale a voté son empêchement définitif. Voilà l’un des symptômes graves du mal malgache. Nous en sommes tous responsables : les dirigeants au pouvoir, l’opposition, la société civile, les autorités morales, les intellectuels, les femmes et les jeunes. Nous en avons tous une part de responsabilité. Mettons-nous ensemble autour d’une table pour réfléchir sincèrement sur ce mal profond de notre pays. Je suis favorable non pas à une nouvelle transition, mais à cette démarche  inclusive en vue d’asseoir la stabilité du pouvoir sur le verdict des urnes».

Propos recueillis par Davis R

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