Commissaire divisionnaire Eric Michel : « Il n’y a pas de complaisance ni de complicité dans la Police nationale »


Bmoi

Jacaranda

Nouvellement nommé au sein de la Police nationale en tant que Directeur général, le commissaire divisionnaire Eric Michel déclare être prêt à réinstaurer la discipline dans cette institution. Pour lui, personne n’est au-dessus de la loi alors la complaisance et la complicité n’ont pas de place dans la police nationale.

Midi Madagasikara.Vous êtes nommé à ce poste juste dans un contexte un peu difficile vu les différentes bévues commises par des policiers ces derniers temps. Comment expliquez-vous ce choix ?

Eric Michel. Cette question s’adresse peut-être à l’autorité supérieure qui m’a désigné. Quand on parle de choix, cela implique confiance que je ne peux pas trahir.  Si l’on parle de mon cursus professionnel et mes expériences dans la police nationale, je suis sorti de l’Ecole supérieure de la police en 1996 en tant qu’officier de police. Une fois sorti de l’Ecole supérieure de la police nationale, j’ai travaillé dans la police économique pendant cinq ans. Puis je suis retourné à l’école (2001-2003) pour devenir Commissaire de police et j’étais affecté à la Surveillance du territoire. Avant ma nomination à ce poste de DGPN, j’étais directeur des Forces d’intervention de la Police nationale (FIP) après avoir été successivement commissaire Chef du commissariat du 5e arrondissement à Mahamasina, Commissaire adjoint au Commissariat de Tanà ville, commandant des FIP à Antanimora.

M.M. Comment comptez-vous procéder pour faire face à ce problème qui a porté préjudice à l’image de la Police nationale ?

E.M : Comme dans tout secteur de travail, il y a toujours les indisciplinés dans la police nationale, même si faire respecter la loi fait partie des attributions de la police. Quoi qu’il en soit, le ministère a déjà déployé des efforts à travers la mise en place de ce qu’on appelle Inspection générale de la Police nationale dont les portes sont ouvertes à tout le monde pour les doléances relatives à tout ce qui peut être qualifié d’illégalité ou d’irrégularité aussi bien au niveau du service qu’aux actes commis par les policiers. La raison est de prévenir ce problème. Des statistiques peuvent être consultées auprès de l’IGPN et cette Direction est toujours prête à ouvrir des enquêtes et investigations pour répondre aux doléances et plaintes déposées auprès d’elle. Ce qui signifie que dans la Police nationale, personne n’est au-dessus de la loi. En tout cas, même entre nous policiers, nous avons de la discipline et du règlement propre à nous. Des policiers ont été emprisonnés et renvoyés pour avoir enfreint la loi. Il n’y a pas de complaisance ni de complicité dans la Police nationale.

M.M. Pourriez-vous parler un peu de votre vision pour diriger la Police nationale dans l’avenir ?

E.M. Ce n’est pas moi qui devrai définir la Vision ou « Vina » à concrétiser pour conduire la Police nationale, car il y a le ministre de la Sécurité publique qui vient être nommé par le président de la République récemment. En effet, la définition de cette vision relève de ce ministre et quant à moi en tant que DGPN, ma mission est de chercher comment réaliser ce « Vina ». Pour ce faire nous travaillons avec les directions et services de la Police nationale répartis dans tout Madagascar. Outre des affaires internes de la police nationale, il y a aussi la vision portant sur l’instauration de la paix dans le milieu urbain et ses environs. L’insécurité existe toujours même dans les pays développés. Face à cette situation, nos efforts consistent à permettre à la population de se sentir en sécurité afin qu’elle puisse circuler et travailler en paix pour améliorer ses conditions de vie et contribuer au développement du pays. C’est un volet important de ce Vina, comme celui portant sur la prévention et la lutte contre toutes les formes d’illégalité et de non-respect de la discipline dans la Police nationale.

M.M. La Police nationale a-t-elle les moyens nécessaires pour concrétiser ce Vina ?

E.M. En ce qui concerne le matériel, tout le monde sait que des efforts ont été déployés par l’Etat et la Police nationale. Pourtant, on ne peut pas dire que la Police nationale dispose déjà des matériels haut de gamme et dans les normes. Quoi qu’il en soit, l’insuffisance du matériel ne doit pas constituer un prétexte pour ne pas instaurer la sécurité. Il faut optimiser ce qu’on a.

Côté ressources humaines, vous avez vu les recrutements de plusieurs nouveaux policiers qui ont été effectués ces derniers temps et cela va continuer cette année. Ce qui signifie que dans ce sens, il y a avancement, même si la norme internationale en matière d’effectif (trois policiers pour 1 000 habitants) est loin d’être atteinte. La nôtre se situe au niveau de un policier pour 1 000 habitants.

M.M. Vous parlez du recrutement de nouveaux policiers. Comment répondez-vous aux différentes critiques sur le concours de recrutement à la Police nationale. On dit que la corruption y règne. Il y a aussi la pratique de quota.

E.M  Il est vrai que cette doléance existe. Mais vous connaissez bien que depuis des années, l’organisation de concours de recrutement à la police nationale comme tant d’autres concours dans la fonction publique se fait en collaboration avec le BIANCO pour prévenir ce genre de fléau et beaucoup d’efforts y ont été déployés. Et cette collaboration a été renforcée et va être consolidée dans l’avenir. Il en est de même pour l’accès aux informations relatives à tous les concours dans la Police nationale. Des reproches fusent autour de ces concours, mais ce que je peux dire c’est de solliciter les personnes ayant des reproches à faire d’aller à l’inspection générale de la police nationale (IGPN). Nos portes sont ouvertes pour les accueillir. En ce qui concerne la pratique de quota que vous avez soulevé, j’ose dire que cela n’a jamais existé au sein de la police nationale.

M.M.  Pour des observateurs, l’affaire d’Antsakabary et de Solila-Ikalamavony puisaient leur source à la mésentente entre la police et la gendarmerie. On dit que la police piétine la plate-bande de la Gendarmerie. Qu’en pensez-vous ?

E.M. Dans le cas pareil, il n’y a pas d’initiative personnelle ni de la part de la Police nationale ni de l’Armée, ni de la Gendarmerie. Il y a un cadre légal à suivre, telle est l’instruction au Parquet en réponse à une plainte déposée auprès de ce dernier. Le Parquet, en tant qu’officier supérieur de Police judiciaire, il a le choix entre la police et la gendarmerie pour confier l’enquête. Il y a la collaboration entre les forces de l’ordre. La preuve ? Vous avez vu pourquoi, la police et l’Armée ont travaillé ensemble dans cette affaire d’Ikalamavony. Cela ne veut pas dire que la police ne collabore pas avec la Gendarmerie. Mais sur terrain, cette collaboration dépend de l’organisation entre les entités présentes sur place. L’essentiel est que l’exécution de la mission se fait dans la légalité. Je ne veux pas entrer dans les détails comme quoi, qui a brûlé des maisons ? A ce point, laissez l’enquête y répondre. S’il y a des preuves, que les responsables assument leur responsabilité et répondent de leurs actes devant le Tribunal. Mais, cela ne va pas nuire à la collaboration entre la Police nationale et la Gendarmerie.

Propos recueillis par Teholy M.

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