Dr. Adrien Michel Ratsimbaharison : « Le pays souffre toujours de l’absence de démocratie »

AMR est professeur au Department of Social Science and Criminal Justice au Benedict College – Columbia.

Connu à l’époque sous ses initiales AMR, notre ancien confrère chez Midi Madagasikara, actuellement Professeur de Science Politique dans une Université américaine, publiera ce mois-ci aux éditions Rowman and Littlefield , un livre intitulé « The Political Crisis of March 2009 in Madagascar » (La Crise Politique de Mars 2009 à Madagascar). Ce second ouvrage écrit par ce titulaire de PhD, sera disponible officiellement le 17 juillet 2017, mais peut être d’ores et déjà commandé sur l’internet à partir d’un site web d’amazon (www.amazon.fr ou  www.amazon.com).  De passage au pays, l’auteur a bien voulu répondre à nos questions avant de rentrer dans deux semaines en Caroline du Sud après ce retour aux sources. Interview.

Midi : Pouvez-vous résumer succinctement le contenu de votre second livre ?

Adrien Michel Ratsimbaharison (AMR): « Comme son titre l’indique, le livre concerne les évènements qui se sont déroulés à Madagascar de décembre 2008 (date de la fermeture de la télévision VIVA par le gouvernement de Marc Ravalomanana) à septembre 2011 (date de la signature de la Feuille de Route).  J’essaie d’apporter des réponses basées sur la Science Politique aux questions suivantes :

  • Comment expliquer l’occurrence de la crise politique de mars 2009 ?
  • Pourquoi a-t-il fallu deux années pour trouver une solution pacifique à cette crise ?

 « Protorebelious context » et « conflict escalation »

 Midi : Comment expliquez-vous l’occurrence de cette crise politique ?

AMR : « Avant de répondre à cette question, je voudrais d’abord expliquer l’approche et la méthode de recherche utilisées pour parvenir aux résultats (ou réponses aux questions).  Premièrement, j’ai adopté ce que j’ai appelé « approche conflit » qui consistait à considérer les évènements comme étant des évènements entrant dans le cadre de conflits d’intérêts économiques et politiques entre individus et groupes d’individus.  En ce qui concerne le traitement des données ou informations, j’ai utilisé une méthode particulière qui a été dénommée « étude de cas structurée et concentrée » par deux chercheurs américains, Alexander George et Andrew Bennett.  L’utilisation de cette approche et cette méthode m’ont permis d’apporter l’explication suivante : la crise de mars 2009 a éclaté à cause des effets combinés des variables suivants :

Premièrement, un contexte politique, économique et social qui a été marqué par un régime non-démocratique (pour ne pas dire autocratique) et l’existence d’une « privation relative » au niveau de la population en général.  Ce contexte peut être décrit comme « contexte explosif » ou bien « protorebelious context », suivant le théoricien de révolutions, James C. Davies.

Deuxièmement, des acteurs politiques (surtout les deux leaders : Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina) qui ont recouru à des stratégies compétitives et qui n’ont pas essayé de trouver une résolution pacifique à leur conflit.

Troisièmement, des déclencheurs puissants qui ont contribué à la montée des tensions (ou conflict escalation en anglais) de la phase d’instabilité (du 15 décembre 2008 au 8 mars 2009) à celle de la crise (du 8 au 17 mars 2009).

Des explications détaillées sur chacun de ces variables sont données dans le livre.

 « Ripe for resolution »

 Midi : Qu’en est-il de la résolution de la crise ?

AMR : « Je tiens d’abord à souligner que la crise, définie dans le livre comme étant une phase du conflit au cours de laquelle « des groupes armés sont mobilisés et sont prêts à se battre », n’a duré en fait que quelques jours (du 8 au 17 mars 2009).  Un chapitre du livre explique comment le niveau du conflit est descendu de la phase de la crise à celle de l’instabilité (définie dans le livre comme étant une phase du conflit au cours de laquelle « les tensions et suspicions entre les forces politiques montent »).  Cependant, je pense que le conflit n’est devenu « mûr pour sa résolution » (ripe for resolution, en anglais) que vers la fin de l’année 2010 quand la plate-forme politique ESCOPOL était parvenu à établir l’Accord Politique d’Ivato, qui a servi de base à la Feuille de Route de septembre 2011. En d’autres termes, le contexte n’a été favorable à la résolution pacifique du conflit qu’en ce moment-là, c’est-à-dire vers fin 2010.

 « Une autre crise »

 Midi : Pour terminer, comment voyez-vous la situation actuelle à Madagascar ?

AMR : « Tel que je l’ai déjà dit dans une autre interview avec un de vos confrères, le contexte politique, économique et social qui était favorable à la crise de mars 2009 n’a pas beaucoup changé depuis cette année-là:  le pays souffre toujours de l’absence de démocratie et de l’existence de privations de toutes sortes.  De plus, les stratégies des acteurs politiques n’ont pas non plus beaucoup évolué. C’est-à-dire qu’ils continuent tous de recourir à des stratégies compétitives, sans compromis, ni coopération, ni collaboration.  De ce fait, il suffit que des déclencheurs assez puissants surviennent pour qu’une autre crise éclate ».

Propos recueillis par R.O

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