Ihanta Randriamandrato : « Remettre de l’ordre, c’est un choix »



Jacaranda

Ihanta Randriamandrato est notre invitée de ce lundi. Personnage politique et mère de famille, elle est dotée d’un sens de la discipline et d’une grande simplicité. Les durs moments qu’elle et sa famille ont vécu, lui ont donné une philosophie qui façonne désormais sa vie: le passé est l’élément déterminant de toute une vie. C’est le passé qui trace le présent. Sans le passé le futur n’existera pas et on ne peut que compter sur le présent.

Patriote, son amour pour son pays est ressenti par son refus d’aller continuer ses études à l’étranger. Elle souhaitait  étudier à l’Université d’Ankatso, mais la situation de l’époque l’a obligée à les poursuivre à l’extérieur dont la France! Une fois ses études terminées, elle est revenue à Madagascar. Et quand on lui a demandé pourquoi elle ne voulait pas rester en France, elle a toujours répondu:  » J’ai puisé mes connaissances à l’extérieur pour les mettre au service de mon pays. » Elle a aussi rappelé : « Quand j’ai fait mon service national, il m’a été demandé mon origine ethnique. J’ai répondu le plus naturellement que je suis Malagasy. La réponse n’ayant pas été acceptée, on me l’a reposée une ou deux fois. Comme je donnais toujours la même réponse, ils ont écrit à ma place  et mis… des Hauts Plateaux. »

Adepte de l’ordre, elle ne supporte pas le « bougisme » de ceux qui prône l’idéal sans vision autre que l’intérêt personnel, car cela crée le désordre. Pour moi l’ordre c’est le contraire du désordre. Une fois que vous amalgamez le lait et le café, le désordre s’installe. Et pour revenir vers l’ordre si on peut y revenir, il faudra du temps et combien de temps? Tant que nous ne respectons pas l’ordre établi, nous sommes tous malgré nous des acteurs et des artisans de la décadence de notre Nation, des fauteurs de trouble, des semeurs du « bougisme » inutile et stérile, et le désordre sera loi. Elle nous fait d’ailleurs remarquer subtilement que l’ordre c’est aussi le respect de l’orthographe d’un nom. N’avez vous jamais remarqué nous dit-elle que mon nom est écrit de mille et une manières mais rarement il est écrit comme il faut!

Ayant été amputée de sa liberté durant 5 mois et parallèlement de 2 ans et demi, car son mari a été aussi privé de la sienne, elle connaît le prix de la liberté et la périlleuse difficulté à émettre ses pensées et opinions dans un pays qui se recherche encore en matière de « démocratie ». D’où sa tolérance dans les croyances de chaque individu. Ella a fait sienne la conception du feu Père Rémi Ralibera qui a dit, lors d’un atelier politique, alors qu’on lui a demandé de faire une prière avant le repas: « J’ai toujours refusé de faire une prière dans un événement qui réunit une assistance issue de différents horizons. Car nous avons tous notre croyance. Aussi, je vous demande de vous lever, d’observer un moment de silence et de faire ce qui vous semble bien ». L’assistance s’est levée et s’est assise après la minute de recueillement a applaudi le père Ralibera.

Elle a toujours enseigné à ses enfants l’humilité et l’altruisme, la compétitivité et la combativité, l’esprit de famille et le dialogue. Non friande de mondanité, il lui arrive de se faire interpeller, alors qu’elle était au sein du gouvernement, au marché par tout le monde qui s’étonne de la voir faire ses courses toute seule, elle  conduisait personnellement sa voiture de fonction et ses enfants ont toujours emprunté le transport en commun.

De son passage au département de l’Elevage, elle a appris la nécessité qu’il faudrait accorder au secteur agricole. Elle est convaincue que le levier du développement tant économique que social de Madagascar est et sera irrémédiablement l’agriculture et l’élevage. De par cette conviction, elle est devenue membre de l’Oniversity FJKM Ravelojaona dans la filière professionnalisante en agriculture et sciences de l’environnement.

Quant à son penchant pour la politique, elle se plait à dire qu’aussi loin que sa mémoire le lui rappelle, toute jeune elle s’est plongée dans la vie de son pays et a toujours participé à tous ses événements majeurs, même en tant que lycéenne: de mai 1972, elle n’a pas raté un seul épisode de cette grève. D’Ankatso, au stade d’Alarobia, à l’Avenue de l’indépendance actuellement, elle a gouté à ses premiers gaz lacrymogènes ou arme de dissuasion démocratique, jusqu’à la crise de 2009, où elle découvre un monde qu’elle n’aurait jamais pensé voir, le monde carcéral des femmes, le milieu malsain d’un long couloir juridico-politique et le verdict d’une justice du pouvoir ou du plus fort ou du vainqueur ou de l’argent.

En 2001, elle choisit de faire son entrée officielle en politique dans le parti TEZA. Elle explique son choix pour deux points primordiaux: d’une part, la primauté qu’accorde ce parti à l’Homme comme le poumon du développement d’un pays mais que sans travail, un Homme n’est rien, il est réduit à néant. D’autre part, elle explique que c’est bien le seul parti qu’elle connait qui applique effectivement l’alternance démocratique pour la présidence d’un parti. Elle en est actuellement le secrétaire général.

Elle a créé une association dénommée « Femmes Actives pour Madagascar » qui évolue dans l’éducation citoyenne, l’éducation des femmes pour leur participation dans la vie active du pays et de la protection de l’environnement.

De sa vie familiale, elle a tenu de sa mère l’amour de la lecture et de l’écriture et de son père l’amour de sa patrie. Son père lui a toujours enseigné que sans identité tu n’es rien, ton nom, ta nationalité, ton pays, ta culture, ta langue, sont des éléments vitaux qui font qu’un peuple est un peuple. Les ignorer, les mépriser feront de toi (peuple) un ion négligeable dans ce monde sans pitié pour les faibles. Sa mère lui a imprégné ainsi qu’à son frère et sœur le respect des autres , elle nous a toujours enseigné a t-elle dit de ne jamais juger les autres tant que vous même n’êtes pas parfaits. Vous n’êtes pas tenus,  nous rappelle-t-elle de médire sur  leurs choix, leurs idées, leurs goûts, car les vôtres ne sont pas non plus  les meilleurs.

Pour se décompresser, elle peut passer des heures à jardiner, à s’occuper de ses petits enfants ou à concocter de bons petits plats comme une tarte aux lardons que sa famille raffole ou une bonne carpe royale mijotée à la mode Malagasy.

Recueilli par R Eugène

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