Albain Rabemananjara : « Le pays est de nouveau menacé par une grave crise »



Jacaranda
Le président du CDE ne cache pas son amertume face à la situation actuelle.

Après l’adoption au forceps des lois électorales à l’Assemblée nationale, le pays est de nouveau menacé par une crise. Le Club Développement et Ethique (CDE), dirigé par Albain Rabemananjara, monte au créneau pour réitérer son appel à la mise en œuvre du processus de réconciliation nationale à initier par le Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM).

Selon le président du CDE, « l’actuel Président de la République, en sa qualité de Ray aman-dreny, devrait prendre ses responsabilités et relancer ce processus initié par le FFKM afin d’éviter que le pays replonge dans une nouvelle crise ».  Le constat est amer pour le CDE après l’adoption à Tsimbazaza des « textes électoraux biaisés, partisans et entachés de forte suspicion de corruption. Selon Albain Rabemananjara, « une nouvelle crise est en train de couver ». Et d’expliquer que «les lois électorales devraient faire l’objet d’un consensus large, et bénéficier de l’adhésion des forces vives de la Nation, afin de garantir la vérité des urnes et la stabilité post-électorale  et de permettre l’organisation des prochains scrutins dans un climat serein. Les récentes adoptions des différents textes dont les Zones Economique Spéciales à l’Assemblée nationale ne promettent aucune stabilité dans le pays ». A quelques mois des échéances électorales majeures, durant lesquelles le peuple malgache devrait choisir son nouveau Président de la République ainsi que leurs prochains représentants au sein de la Chambre basse,  poursuit-il, le climat politique est de plus en plus délétère et la tension monte au sein de la population. « La situation qui prévaut est loin d’être rassurante », estime-t-il.

Textes non consensuels. « Face à la situation qui prévaut actuellement, le Président de la République devrait prendre ses responsabilités », d’après Albain Rabemananjara. Avant de continuer qu’« il devrait assumer ses engagements vis-à-vis de la Constitution et  garantir la stabilité dans le pays qui est au bord de la dérive face aux agissements des députés sponsorisés par des barons du régime qui veulent semer la pagaille à la veille des élections à travers l’adoption de textes électoraux non crédibles et non consensuels ». A son avis, le Président de la République, élu démocratiquement pour diriger le pays depuis janvier 2014, et en vertu de la plénitude de son pouvoir, ne devrait pas laisser la situation empirer. « Le Chef de l’Etat doit dépasser les clivages politiques et les intérêts égoïstes afin d’éviter que les erreurs du passé ressurgissent au détriment de l’intérêt national ». C’est dans ce cadre que le CDE réitère que seule la reprise en main d’un véritable processus de réconciliation nationale dirigé par le FFKM sera l’issue idoine à cette crise. « Il appartient aux Malgaches de se concerter et se mettre autour d’une table pour trouver la solution pour l’avenir du pays dont les richesses naturelles, minérales et sous-marines suscitent actuellement la convoitise des étrangers », soutient-il.  Pour le CDE, la communauté internationale a montré ses limites en forçant le calendrier des élections présidentielles et législatives en 2013 sur la base d’une Constitution unilatérale de 2010 qu’elle n’a même pas reconnue.

Esprit de vengeance. Le processus de réconciliation nationale partant des « fokontany », tant véhiculé par  le feu Professeur Albert Zafy, selon toujours Albain Rabemananjara, évitera que l’esprit de  vengeance devienne une règle dans le pays. A l’instar de la récente accusation de malversation pour 500 millions d’ariary contre un ancien ministre des Finances et du Budget, qui démontre au plus haut point l’orchestration politique d’un régime rongé par la vengeance, alors que d’autres grands argentiers qui ont détourné l’équivalent de millions de dollars US et siphonné les caisses de l’Etat bénéficient d’une impunité. « On parle aujourd’hui  d’un scandale financier 2,4 milliards d’ariary perdu dans la maison d’une haute autorité. Seule la vraie réconciliation nationale sortira les vérités sur l’histoire du pays. Et personne, opposition ou pouvoir, ne peut prétendre être irréprochable», poursuit-il. Pour  le CDE, la corruption qui gangrène le pays a atteint un niveau très critique et prédispose actuellement le pays dans une situation de grave crise. « Les textes électoraux, qui devraient faire l’objet d’un débat au niveau du parlement, selon les règles démocratiques,  ont passé comme une lettre à la poste au sein d’une Assemblée  nationale fortement critiquée par le manque flagrant d’intégrité de beaucoup d’élus », déclare  Albain Rabemananjara. Avec amertume.  Si les faits de corruption à l’Assemblée nationale sont avérés, poursuit-t-il, « les organes compétents devraient prendre des mesures drastiques pour sanctionner les auteurs à tous les niveaux ».

Propos recueillis par R. O

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