Chronique de Mickey : 29 mars 1947, la patate chaude

Jacaranda

Les célébrations ou commémorations sont toujours réductrices du vrai sens de l’objet du souvenir. Les bousculades des évènements les confinent souvent en une journée. Les dates marquantes dans l’histoire du monde ou d’un pays bénéficient heureusement du sacrosaint « jour férié et payé ». Ainsi, l’insurrection ou évènement de 1947-1948 à Madagascar est devenue commémoration du 29 mars 1947. 72 ans c’est loin et tout près dans l’histoire d’un pays pourtant, loin, parce que la loi de proximité pousse de plus en plus la question dans les oubliettes du passé, et que la génération présente s’en préoccupe de moins en moins voire ignore même (certains même osent dire qu’ils regrettent le temps béni des colonies). Mais proche, puisque beaucoup de questions demeurent sans réponses partagées et restent d’actualité. Ainsi, qui a appuyé sur le détonateur des massacres qui ont fait plusieurs dizaines de milliers de victimes ? Même sur le chiffre exact, des divergences restent pendantes. Quel est le rôle du MDRM ou les rôles des leaders de ce mouvement en ces temps-là ? La littérature abonde mais, même, sous le label de la neutralité, les historiens ne sont pas encore unanimes dans les aboutissements de leurs recherches de la vérité puisque, les charges émotives pèsent encore selon les chapelles idéologiques de leurs producteurs. Dans la conscience populaire, les termes « patriotes » « rebelles » sont encore prononcés sans mesurer leurs portées politiques. Dominique Ranaivoson dans sa biographie de Jacques Rabemananjara parue aux Editions SEPIA et TSIPIKA en janvier de cette année 1919, dans une grande partie de son livre, nous remet sur la table ces « énigmes » de notre histoire.

« URGENT-Prière de diffuser et afficher texte : Ordre impératif est donné à toutes les sections, à tous les membres MDRM, de garder calme et sang froid absolus devant les manœuvres et les provocations de toutes natures destinées à susciter des troubles au sein de la population malgache et à saboter la politique pacifique de MDRM ». Le fameux télégramme envoyé dans toute l’île le 27 mars est signé par les trois députés (Raseta est à Paris) , Ravoahangy et Rabemananjara. A-t-il pour objet de disculper le mouvement, alors que le pays est déjà en état d’ébullition au vu des provocations réciproques entre les militants du MDRM et l’administration coloniale ? Ou bien Raseta ou Ravoahangy en disciples d’Ho chi Min leur grand mentor et de sa stratégie du harcèlement – reculade appliquée au Vietnam, ont voulu faire la même chose à Madagascar. Toujours est-il que ce jour correspond à la veille du Fandroana , une fête ancestrale malgache censée exalter « la communion entre les héritiers de la terre » donc symbolique. Ou, comment l’administration coloniale a pu connaître avec certitude la date exacte de l’insurrection ? Qui a vendu la mèche ou qui a appuyé sur le détonateur ? Le télégramme est-il un stratagème du lancement du début de la rébellion. Ou bien comme atteste la thèse quasi officielle que c’est l’œuvre du JINY et du PANAMA des sociétés secrètes et activistes derrière Raseta et de Ravoahangy. Ces trois députés ont effectué des aveux de suite à leurs arrestations et se sont à la limite, rejetés les responsabilités. Est-ce sous l’effet de la torture ? En tout cas, l’issue de leur procès voudrait qu’elle illustre les différents degrés d’implication.

M. Ranarivao

 

 

 

 

 

 

 

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  1. Les premières victimes furent essentiellement des vazaha ,des créoles ,des métis et des fonctionnaires hova.Les premiers jours de révolte ont été des jours de sauvagerie.Les corps étaient souillés, tranchés ,découpés ,jetés aux caimans.L’éxécution de Botovasoa à Vohipeno fut un grand spectacle public ;Les rebelles tuèrent plus de malgaches que de vazaha ou de tirailleurs.Ils ruinèrent leur région pour 20 ans .Les officiers français ont pu retenir la fureur des sénégalais: les fahavalo pris ne furent jamais découpés en morceaux.
    29 mars 1947 est une page noire de l’histoire de Madagascar

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