Défendre l’indéfendable

L’actualité commande de parler peut-être du covid-19, et avec, de cette première victime de ce virus sur notre territoire, loin de minimiser cette nouvelle combien affligeante mais malheureusement prévisible et sans se mettre à la place d’un oiseau de mauvais augure, avec notre désinvolture collective, cette victime ne sera hélas que la première d’une liste à venir.

Oui, un autre sujet a fait la “une” des journaux, il s’agit de la fin tragique de l’illustre kidnappeur dénommé Lama. Tragique, pourquoi ? Puisqu’il y a mort d’homme et toute vie de qui que ce soit est à déplorer de la même manière. S’il n’est pas passé de vie à trépas, il y aurait eu normalement un procès et donc un avocat pour sa défense. Au vu des lourdes charges qui lui sont sûrement attribuées, à savoir des séries d’enlèvements contre rançons, séquestrations… son jugement aurait été retentissant. On y parlerait sûrement du film de ses actes, de ses sources d’information, de ses éventuelles protections à la suite des verdicts auxquels il aurait par la suite su toujours se soustraire, ainsi de suite…

Mais notre propos est de nous demander si nous avons « un avocat du diable », un défenseur du droit d’un individu que la presse, l’opinion a déjà accablé d’avance avant l’instance judiciaire. Une personnalité qui ose dénoncer qu’il y a quelque part une déviation du code de procédure pénale si on ne parlait que de ces aveux obtenus avant sa mort due à une blessure à la jambe. Avons-nous un maître Vergès qui va à l’encontre d’une vindicte populaire avortée? Heureusement pour l’Etat de droit dont nous favorisons la promotion.

« Défendre quelqu’un, même si c’est un animal, est une bénédiction, tout le monde a le droit d’être défendu, mais ces accusés ne sont ni des humains ni des animaux », a-t-on entendu.

Comment les avocats peuvent-ils défendre « l’indéfendable » ? Si les avocats peuvent être admirés quand ils défendent des causes nobles comme les droits de la femme ou, au contraire, montrés du doigt quand ils défendent des « Assassins d’enfants », à quelles questions éthiques et déontologiques sont-ils confrontés lorsqu’ils doivent assurer la défense de causes qui pourraient paraître indéfendables ? selon Maître Delphine Meillet du barreau de Paris. Et elle de continuer: « Il ne s’agit pas d’acquiescer à un acte commis ou de considérer que ce n’est pas un acte grave. Il s’agit de retranscrire la parole d’un prévenu, d’un accusé ou d’une victime. Les avocats ont en charge le respect des règles du procès équitable en droit pénal et participent au débat contradictoire du procès. Ils assurent un équilibre entre l’acte commis et la punition. »

Oui, mais parfois, on use de l’article premier du règlement intérieur national de la profession d’avocat qui prévoit que celui-ci exerce ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. Il lui est donc possible de refuser de défendre un client au seul motif qu’il ne se sente pas en mesure de défendre les intérêts de celui-ci. C’est ce que l’on appelle la clause de conscience. Or, si la justice d’Etat n’est plus en mesure de défendre l’équité aux yeux des hommes, c’est la justice privée qui pourrait prendre le relais et on laisse la porte ouverte à la vindicte populaire.

M.Ranarivao

Suivez-nous aussi sur Facebook

Partager cette publication

Poster un commentaire