La dialectique du bailleur de fonds et de l’aidé

La rocade vient d’être inaugurée avec faste. Son objectif est louable : fluidifier la circulation urbaine et faciliter l’accès aux grands axes régionaux et nationaux. L’image de modernité comme dans les cités modernes n’est pas en reste et l’on peut s’enorgueillir. Cependant, après l’avoir parcouru, on est vite déchanté en voyant l’état de délabrement de plusieurs artères de la capitale. Pour exemple, la route digue censée boucler la ceinture contournant Antananarivo fait état de nids-de-poule, ainsi, vouloir gagner du temps, faire de l’économie d’énergie, lutter contre la pollution restent des vœux pieux quand ce délabrement ne date pas d’hier. Chacun est en droit de se demander pourquoi cette course effrénée à réaliser des grands projets coûteux quand on laisse l’existant se dégrader. La raison serait toujours le manque de financement s’il en est ainsi, le manque d’efficience de la gestion serait alors criard quand on voit les dépenses superflues effectuées ici et là. Il serait plus judicieux de dépenser les fonds à réparer les chaussées devenues dangereuses que de dilapider l’argent des contribuables en des ornements de circonstance qui n’émerveillent que ceux qui les ont réalisés. Le passant, lui, risque de se voir le nez sur le trottoir rocailleux en se hasardant d’avoir les yeux en l’air tant l’obscurité est devenue dominante le soir.

Puis en réfléchissant au financement, notre éternel problème. Sommes-nous devenus des éternels assistés ? Les chaussées sont en mauvais état, nous attendons qu’il y ait un bailleur de fonds pour les refaire et ils ne demandent que ça, ils vont venir. Donc, attendons que tout soit vraiment délabré et le financement va arriver. Ce n’est pas la peine de réparer avec nos propres fonds, lorsqu’ils verront que les dépenses dépassent notre capacité de financement, ils viendront. Malheureusement, nous en sommes réduits à cet état de quémandeurs continuels, et ce à tous les niveaux. Un paysan de base demande d’abord avant d’entamer quoi que ce soit et veut savoir qui est le bailleur de fonds. On lui donne des formations, il demande à être payé, ce faisant il sait que le formateur a été payé quelque part, donc pourquoi il n’en profiterait pas ? Ainsi va le raisonnement du bas jusqu’au sommet de la pyramide de l’Etat. On ne demande pas au pouvoir en place d’émanciper la nation mais de perfectionner sa capacité à négocier des aides, ce qui lui convient, parce que les motifs ne manquent pas pour ne citer que le changement climatique, la crise sanitaire… les tares de la colonisation, de la mondialisation, bref toutes les plaies de l’Histoire.

Un certain Marx, philosophe d’abord, a élaboré ce qu’on appelle le matérialisme historique, il disait que l’histoire de l’humanité s’est construite sur une dialectique du maître et de l’esclave et que la fin de la fin serait la victoire de l’esclave sur le maître, le communisme. On peut se demander quand l’assisté deviendra au moins l’égal de l’assistant.

M.Ranarivao

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2 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Les aides évoquées ne font qu’enfoncer le pays et appauvrir sa population, puisqu’elle sont soumises à condition. Il y a une question qui devrait se poser, sans épouser les thèses marxistes dans leur radicalité, et qui concerne particulièrement les pays disposant de richesses inouïes, qu’est-ce qui peut bien justifier un tel décalage entre les classes les plus aisées et les 70% à 80% de la population restante ? RIEN. Sinon l’avidité et la cupidité des puissants et des dirigeants complices qui encouragent le panem et circenses au détriment du bien-être des citoyens et du développement. Les nids-de-poule et le kere, dramatique celui-là, peuvent attendre. Bah!!, que voulez-vous, les palais, stades ou rocades luisent davantage, et c’est un autre problème. Toute société inéquitable finit toujours par imploser, il faut en avoir conscience.

  2. Bla bla simplifié et simpliste
    Et évidemment ça c’est digne dans ce journal, et non des commentaires qui fâchent…

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