Koweït : Une malgache agressée et emprisonnée avec son bébé

Jacaranda
Santy a quand même pu rentrer saine et sauve au pays.
Santy a quand même pu rentrer saine et sauve au pays.

Le trafic de personnes continue d’exister malgré les interdictions. Et la formation d’un réseau n’est pas à exclure, selon le SPDTS.

L’envoi de travailleurs Malgaches à l’étranger ne cesse pas, malgré les interdictions.  La formation d’un grand réseau est maintenant à craindre selon le SPDTS. Et ce qui est encore plus triste, c’est que la grande majorité de ces envois aboutit toujours à des maltraitances, des tortures, des violences et des agressions, à l’issue des escroqueries et des ruses perpétrées par les agences de placements. Comme le cas de Santy, une jeune malgache âgée de 22 ans, agressée et torturée pendant presque un an à l’étranger, après avoir mis au monde des jumeaux, dont l’un d’eux a même succombé. En effet, elle a quitté le pays le 15 novembre 2012 pour travailler comme domestique en Koweït, après qu’on lui a promis de bons revenus. Ne sachant pas qu’elle était enceinte, elle est partie le 15 novembre 2012. D’ailleurs, tous les tests et analyses qu’elle a effectués ont montré des résultats négatifs.

Emprisonnée. Pas comme ce qui a été convenu, après avoir travaillé d’arrache-pied pendant six mois, elle a fini par avoir un accouchement précoce. Elle raconte: « J’ai eu un accouchement difficile à cause des lourdes tâches que l’on m’a confiées durant ma grossesse. Du coup, l’un de mes bébés a succombé. Juste deux semaines après mon accouchement, l’on m’a envoyé en prison avec mon bébé. Ainsi, on y était resté pendant huit mois ». Elle continue : « Je ne sais même pas exactement pourquoi on a été incarcéré. La seule chose que l’on m’a dite avant de me mettre en prison est qu’on allait régler mes papiers pour que je puisse retourner au pays. Mais en vain ».

Eau chaude de la douche. Ainsi, selon elle, les manques des moyens de survie ont tellement pesé pendant son séjour en prison. « A cause de mon épuisement physique, je n’étais pas en mesure d’allaiter. C’était l’un des gardiens de prison qui a fourni du biberon et du lait à mon enfant. Mais à un certain moment, on ne pouvait pas bénéficier de ces faveurs. Du coup, j’ai dû lui donner l’eau chaude de la douche de la cellule. A tout ceci s’ajoute le manque de sommeil et de nourritures qu’on a dû faire face tous les jours, vu qu’on était très nombreux dans la même cellule. L’on était obligé de supporter les odeurs et les bruits et tapages de nos colocataires. D’ailleurs, c’est toujours avec cette même eau que j’ai dû préparer son lait quand il y en avait. Ce qui a vraiment affaibli mon enfant et l’a rendu souvent malade», raconte Santy. Selon elle, à l’heure actuelle, il existe une quarantaine de femmes malgaches incarcérées dans cette prison.

Croix-Rouge Internationale. En effet, Santy est partie dans ce pays juste après avoir eu son Bac. « Des représentants de mon agence de déplacement ont fait des porte-à-porte à la recherche de jeunes travailleuses. Ils ont fini par me convaincre et j’ai même payé 500 000 Ar pour les préparatifs du voyage avant de partir ». Une fois arrivée au Koweït, ce qu’elle vivait était loin de ce qu’on lui a promis. « J’ai travaillé pendant cinq mois. Pourtant, je n’ai reçu aucun salaire. Mon patron a même confisqué tous mes papiers ainsi que mes vêtements alors que j’ai été emprisonnée ». Sans rien ni personne pour l’aider, elle a été livrée à elle-même. Pourtant, Santy a continué à s’accrocher. «On nous a clairement dit que ceux qui ne sont pas représentés par des ambassades n’auront pas le ticket pour rentrer. Ce qui était notre cas, les Malgaches. Ainsi, nous ne pouvions rien faire que d’espérer un miracle. Après avoir tant prié, la Croix-Rouge Internationale nous a rendu visite et nous a promis de nous faire sortir par tous les moyens. Ainsi, c’est grâce à celle-ci que moi, mon fils, ainsi que 14 autres Malgaches dans la même prison, avons pu rentrer au pays », conclut-elle.

Des mineurs de 14 ans. Devant ce fait, le Syndicat des Professionnels Diplômés en Travail Social (SPDTS), représenté par Jeannoda Norotiana, interpelle l’Etat pour réexaminer la situation. Celui-ci dénonce l’existence d’un grand réseau de trafic de personnes à Madagascar vers les pays étrangers. « Même des mineures de 14 ans y sont aussi impliquées. Et elles deviennent subitement des majeures de 24 ans après falsification d’âge », dénonce le SPDTS. En effet, beaucoup de Malgaches sont victimes du même sort. Toutefois, les trafiquants restent impunis. Et ceux qui ont subi à peu près le même sort que Santy n’ont plus donné de signe de vie.

Arnaud R.

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