Exploitation sexuelle des enfants : Le signalement, une stratégie de lutte

Marie Darmayan, directrice nationale d’ECPAT France, présentant quelques outils véhiculant des messages de sensibilisation en malgache et en français.
Marie Darmayan, directrice nationale d’ECPAT France, présentant quelques outils véhiculant des messages de sensibilisation en malgache et en français.

Un vaste projet de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants dans le tourisme et les voyages, baptisé « Ne détournez pas le regard », a été lancé, hier, et vise à mettre en place des procédures de signalement, notamment en milieu hôtelier.

Antananarivo et Nosy Be. Ces deux villes seront les sites de mise en œuvre d’un projet de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants dans le tourisme et les voyages (ESET). Baptisé « Ne détournez pas le regard », ce projet est mené à Madagascar par ECPAT France (End Child Prostitution, Child Pornography and Trafficking in Children for sexual Purposes, une association française membre du réseau international ECPAT) qui a fait de l’ESET son cheval de bataille dans le pays. Le projet, à mettre en œuvre sur une période de 30 mois, prévoit la réalisation d’activités d’une part, de protection du mineur et d’autre part, de prévention et de répression du client, abuseur d’enfants dans le milieu du tourisme ou dans le cadre de voyages. Outre les travaux d’adaptation et de traduction du manuel de procédure de signalement, des formations sur le signalement et la mise en place des procédures en milieu hôtelier ainsi qu’un travail de renforcement des capacités policières à la prise en charge des mineurs, seront prévus dans ce projet.

Campagne. « Ne détournez pas le regard » inclut une vaste campagne de sensibilisation qui vise, là encore, à inciter les citoyens à signaler les cas d’abus sexuels sur des mineurs. Pendant 6 mois, de juin à décembre 2014, cette campagne de sensibilisation locale cible aussi bien les touristes (nationaux et étrangers) que la population. Dans les aéroports comme dans les hôtels et restaurants, mais également dans les transports, taxi-be, taxis et camionneurs, des messages de sensibilisation seront disséminés un peu partout. « Il s’agira de faire en sorte que le public et les touristes aussi bien nationaux qu’internationaux, prennent conscience du caractère illégal de la pratique prostitutionnelle des enfants et que toute personne auteur d’acte sexuel sur un mineur sera poursuivie à Madagascar ou dans son pays d’origine », explique Marie Darmayan, directrice nationale d’ECPAT France.

Fléau banalisé. La prostitution enfantine existe depuis des années à Madagascar, mais tend à se banaliser. Le rapport du comité des droits de l’Enfant des Nations Unies en février 2012 fait état, à ce propos, d’une « profonde inquiétude que la prostitution des enfants et le tourisme sexuel prennent de l’ampleur ». Le phénomène, dans bien des cas, est accepté par les parents et les communautés, voire encouragé car représente une issue de secours sur le plan financier pour les familles pauvres. Si le « profil » des abuseurs d’enfants dans le tourisme est souvent associé à des touristes étrangers, on compte également des Malgaches qui, lors de voyages ou de missions professionnelles, ont des rapports sexuels monnayés ou en échange d’autres formes de rétribution, avec des mineurs. De telles pratiques sont bien entendu, passibles de poursuites judiciaires mais l’on note un grand déficit au niveau de l’application des lois.

La campagne de sensibilisation du projet « Ne détournez pas le regard » s’inscrit également à l’échelle internationale et dans le cadre de la coupe du monde de football au Brésil, particulièrement, il cible les voyageurs au départ, à l’arrivée et pendant cet événement sportif planétaire, tout en mettant en place une plate-forme de signalement en ligne.

Hanitra R.

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