Dossier société – Rétrospectives : 2015, année des déboires météorologiques



Jacaranda

RanoInondations, éboulement, glissement de terrain, 2015 a été particulièrement marquée par la force des éléments.

Les inondations dûes aux fortes précipitations de la dernière saison cyclonique 2014-2015, ont fait des dizaines de milliers de sinistrés en début d’année. Antananarivo a été particulièrement frappée par les impacts des intempéries et les sites d’hébergement des sinistrés ont été vite débordés. Le site d’Andohatapenaka figure parmi ceux ayant accueilli le plus grand nombre de sinistrés, lesquels y sont restés plusieurs mois. Outre les tentes dressées dans les fokontany pour accueillir les sinistrés, les gymnases et autres terrains couverts ont également abrité des victimes des inondations, devenues sans-abri du jour au lendemain. Les populations de l’Atsimondrano ont payé un lourd tribut des inondations qui ont fait rompre la digue de la Sisaony au niveau de Soavina, ayant fait, le 26 mars, plus de 8 400 sinistrés, dont une majeure partie dans les communes d’Ampanefy et Ankadivoribe.

Eboulements meurtriers. Les glissements de terrain et autres effondrements ont également été en nombre en début d’année. Celui d’Ankadilalana, début mars figure sans doute parmi les plus meurtriers, plusieurs membres d’une même famille ayant péri dans l’effondrement d’une maison. Jamais les menaces de glissement de terrain et d’éboulement n’ont été si nombreuses et fortes, cette année. Les quartiers situés en hauteur sont, bien entendu, les plus exposés, avec des points noirs indiqués par les autorités de gestion des risques et des catastrophes, via des photos aériennes. Les caprices des éléments ont ainsi été lourds d’impacts en 2015 pour la population d’Antananarivo. En cette pleine période pluvieuse, les cas les plus alarmants de l’an dernier sont encore dans les esprits, d’autant plus que des cas d’éboulement meurtriers ont déjà été enregistrés, cette saison dans la capitale, pour ne citer que celui de Manakambahiny il y a moins d’un mois, où une jeune fille de 14 ans a perdu la vie, après l’effondrement d’un mur voisin surplombant  sa maison. Engloutie sous les gravats, elle n’a pas survécu.

Hanitra R. 

2015 : Des grèves contagieuses…  L’année 2015 a été riche en mouvements syndicaux et estudiantins. Les enseignants Fram ont ouvert la danse dès le mois de janvier. Eux qui ont revendiqué le payement des arriérés de subventions depuis la fin 2014. Et comme si cela ne suffisait pas que les agents de la CUA se sont également mis en grève. Une manifestation qui faisait suite à l’arrestation du président de la FMTA ou «Fikambanan’ny Mpiasan’ny Tanànan’Antananarivo». Le problème étant devenu complexe, les manifestions n’ont cessé de ressurgir à la moindre occasion, et ce, jusqu’en juillet. Parallèlement à cela, depuis mars, les greffiers et les agents du service foncier ont eux-aussi, lancé un ultimatum avant de se mettre dans une grève générale sans service minimum. Ce qui n’a fait que paralyser l’appareil judiciaire déjà connu par sa lenteur. A la même occasion, une grève générale a explosé du côté de l’Enseignement supérieur, plus précisément chez les membres du Syndicat des Enseignants-Chercheurs (SECES). En se joignant à la grève, les étudiants ont comme terni l’image des forces de l’ordre suite aux brutalités et bavures policières perpétrées sur l’un des manifestants. Cette grève a ainsi figuré parmi les événements les plus marquants de l’année.

Points communs. Grèves d’interpellation ou de revendication, sit-in, manifs… Tout était au rendez-vous. Pire, ces grands mouvements étaient à deux doigts de se généraliser vu la solidarité dont ont fait preuve les différents syndicalistes. Mais en vérité, ils étaient pratiquement contagieux. Et tous ces événements n’ont pas manqué de toucher le quotidien de la population malgache. Aussi, ils ont eu des impacts négatifs sur l’économie. Car faut-il oublier que les agents du Trésor, de la Jirama, et d’Air Madagascar se sont également lancés dans une grève qui n’a fait que freiner la croissance économique du pays. Sans oublier l’entrée en scène des douaniers, récemment. Quoi qu’il en soit, la plupart de ces manifs ont eu des points communs: présence massive des forces de répression, et le non aboutissement.

Arnaud R. 

Insécurité alimentaire : Le « kere » évité de justesse. L’insécurité alimentaire est un grand défi que Madagascar n’a toujours pas relevé, malgré l’étendue de la surface cultivable du pays, et du fait que 80% de la population soient des agriculteurs. Chaque année, les habitants du Sud du pays sont victimes d’insécurité alimentaire. Cette année, le kere a été évité de justesse,  et les autorités ont dû rassurer l’opinion publique. Selon les statistiques du groupe de travail sud-africain sur la nutrition et la sécurité alimentaire, 971 000 personnes seraient en situation d’insécurité alimentaire sévère dans le Grand Sud. Les districts les plus touchés sont Bekily, Beloha, Tsihombe, Ambovombe, Amboasary Atsimo et Amboanaivo. La faible précipitation, voire la sècheresse, explique en grande partie cette insécurité alimentaire chronique. Cette année, la menace de tarissement de la rivière de Mandrare a même affecté les établissements sisaliers, ce qui a mis certains employés au chômage. Face à cela, les ONG ont donné la main aux autorités pour répondre rapidement à ce manque. Outre les programmes en place tout au long de l’année, des projets ont été créés afin de permettre aux victimes d’insécurité alimentaire d’obtenir des vivres contre du travail.

Ne pas manger à sa faim tous les jours, ce n’est pas seulement le lot des habitants dans le Sud.  Malheureusement, une grande partie de la population malgache est réduite à se contenter du peu qu’elle trouve. Beaucoup d’enfants malnutris ne peuvent plus suivre les cours parce qu’ils arrivent à l’école le ventre vide. Cette situation est responsable d’une forte déperdition scolaire. Des programmes mis en place par des ONG permettent d’offrir des rations quotidiennes à ces enfants, pour qu’ils puissent jouir de leurs droits fondamentaux : manger et aller à l’école. Il s’agit des cantines scolaires, déjà en place depuis des années. En milieu rural comme en milieu urbain, les cantines scolaires sont autant d’efforts qui assurent une ration énergétique à des enfants qui peuvent ainsi terminer normalement leurs études pour plus tard contribuer au développement de leur communauté d’abord, et à plus forte raison, au pays.

Si dans les pays occidentaux, les enfants luttent contre l’obésité, les petits malgaches, eux, luttent pour manger !

Anjara Rasoanaivo 

Coup d’œil

*Polio et polémiques. Jamais un vaccin n’a autant été à l’origine de grandes polémiques à Madagascar. L’organisation des campagnes de vaccination contre la poliomyélite depuis 2014 et durant toute l’année 2015 a fait bien des vagues à cause des folles rumeurs qui ont circulé autour du vaccin anti-poliomyélite oral utilisé pour ces campagnes de vaccination. Les rumeurs ont particulièrement enflé en octobre quand la vaccination dont la tranche d’âge des enfants ciblés a été élargie aux enfants de 0 à 15 ans, et que les campagnes sont répétées, ciblant les mêmes enfants de la même tranche d’âge, qu’ils soient déjà vaccinés auparavant ou non. Les informations sur le comment et le pourquoi de cette vaccination ont eu bien du mal à circuler, d’où ces nombreux cas de réticence, voire de refus catégorique de vacciner les enfants.

 

* Peste. En 2015, la peste a encore fait rage à Madagascar, comme c’était le cas à Moramanga, à Miarinarivo, à Mandritsara, à Tsiroanomandidy, à Haute-Matsiatra, à Amoron’i Mania, à Ambohidratrimo (Antananarivo). Cette maladie qui existe depuis des lustres n’est toujours pas vaincue et ne cesse de faire des victimes. Depuis août, elle a provoqué plus d’une dizaine de décès dans tous ces endroits. L’OMS évoque même une flambée de peste. Et tous les cas confirmés ont présenté une peste pulmonaire. Néanmoins, ces mesures spéciales ont été prises par le ministère de tutelle avec l’appui de ses partenaires comme l’OMS et l’Institut Pasteur de Madagascar.

 

*Dynamitage de rocher. L’année 2015 a aussi été marquée par les épisodes d’angoisse et de peur quant aux menaces d’éboulement. Il y a eu le tunnel d’Ambanidia, qui a soulevé une vague de frayeur auprès des usagers. Les informations ont circulé quant à l’éventuel effondrement du tunnel, mais finalement, un échafaudage plus tard, tout s’est calmé. Il y a eu également l’épisode du dynamitage des blocs de rochers à Avaratr’Ankatso courant mois de mars, pour éviter les accidents dûs aux éventuels éboulements. Plus d’un millier de personnes habitant dans les environs, jusqu’à 500 m autour du site, ont été évacuées. Cela concerne près de 250 familles qui ont dû déménager puisque l’accès au site a été strictement interdit. Finalement, le danger a été écarté. Le dynamitage a été fait par Colas, pas de dommage et pas d’éboulement.


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