Pollution de l’air à Antananarivo : Taux trois à six fois plus élevé que les valeurs recommandées par l’OMS

Jacaranda
La circulation à Antananarivo, source de pollution atmosphérique.

Antananarivo affiche un taux de particules fines trois fois plus élevé que les valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Avec une moyenne annuelle de 60µg (*) de matières particulaires par m3 d’air, Antananarivo figure parmi les villes au monde où l’air est fortement pollué. Le niveau de particules suspendues dans l’air respiré par les habitants de la capitale de Madagascar est en effet, en moyenne trois à six fois plus élevé que les valeurs annuelles recommandées par l’OMS, mais peut atteindre des pics de 360µg/ m3 dans une journée, soit 18 fois plus élevé que les valeurs recommandées. Celles-ci sont de 10µg / m3 pour les particules fines (PM2,5) et de 20 μg/m3 pour les matières particulaires grossières (PM10). Les PM2,5 – particules fines dont le diamètre est inférieur à 2,5 µm (**) – comprennent le sulfate, le nitrate et le carbone noir, lesquels sont les polluants les plus dangereux pour la santé humaine.

9 sur 10. Ainsi, Antananarivo est concernée de près par ce problème mondial qu’est la pollution atmosphérique. Selon les dernières données de l’OMS sur la qualité de l’air, plus de neuf personnes sur dix respirent un air fortement pollué. Les Tananariviens en font partie et figurent parmi les populations les plus exposées aux polluants, dangereux pour la santé, notamment les particules fines dégagées par diverses sources, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des habitations. Ces particules pénètrent profondément dans les poumons, voire dans le système cardiovasculaire, causant des affections comme les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les cardiopathies, les cancers du poumon, ou encore diverses infections respiratoires dont la pneumonie.

Pays en développement. L’OMS estime à 7 millions le nombre de décès chaque année, directement liés à l’exposition aux particules fines contenues dans l’air pollué. En 2016, la pollution de l’air ambiant (à l’extérieur des habitations) est responsable de 4,2 millions de décès, si la pollution de l’air à l’intérieur des habitations due à l’utilisation de combustibles et de technologies polluantes a causé environ 3,8 millions de décès. Toujours selon les dernières données de l’OMS, les taux de pollution les plus élevés ont été enregistrés dans les pays en développement et plus de 90% des décès dus à la pollution de l’air se produisent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, principalement en Asie et en Afrique. « La pollution de l’air est une menace pour nous tous, mais les populations les plus pauvres et les plus marginalisées sont les premières; à en souffrir », explique le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Combustibles domestiques polluants. Cette organisation souligne que la pollution de l’air est un facteur de risque critique pour les maladies non transmissibles, causant un quart des décès d’adultes imputables à des cardiopathies, et un quart des décès imputables aux AVC, 43% des décès imputables à la broncho-pneumopathie chronique obstructive, et 29% des décès imputables au cancer du poumon. Tirant la sonnette d’alarme, en particulier sur la pollution à l’intérieur des habitations, le directeur général de l’OMS ajoute qu’«on ne peut accepter que plus de 3 milliards de personnes, surtout des femmes et des enfants, continuent de respirer tous les jours des fumées mortelles émises par des fourneaux et des combustibles polluants à l’intérieur de leurs habitations…». En effectuant un suivi de la pollution de l’air à l’intérieur des habitations depuis plus de dix ans, l’OMS a constaté que, si le taux d’accès à des combustibles et à des technologies propres augmente partout, les améliorations restent plus lentes que la croissance de la population, notamment en Afrique subsaharienne, région incluant Madagascar. Faut-il rappeler que dans la Grande île, plus de 90% des ménages utilisent entièrement ou principalement le charbon de bois comme combustible domestique.

Mesures urgentes. Quant à la pollution de l’air ambiant, les particules dégagées par les tuyaux d’échappement et les feux de brousse dans les localités alentours constituent les principales causes de la pollution à Antananarivo. Les répercussions de la situation se traduisent par l’augmentation du nombre de cas de maladies cardiovasculaires et d’AVC, et surtout, les cas de troubles respiratoires, lesquelles figurent toujours dans le trio de tête des maladies, les plus fréquentes enregistrées dans les CSB (centres de santé de base) notamment chez les enfants. Aussi est-il plus que temps pour le pays d’accélérer les mesures pour lutter contre la pollution de l’air due aux particules fines. Selon les lignes directrices OMS relatives à la qualité de l’air, abaisser la concentration moyenne annuelle en particules fines PM2,5 à 10 µg/m3, soit le niveau préconisé par l’OMS, pourrait réduire le taux de mortalité lié à la pollution de l’air d’environ 15%.

 Hanitra R.

(*) 1µg = 10-6g (un millionième de gramme)

(**) 1µm = 10-6m (un millionième de mètre ou un millième de millimètre)

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  1. Bonjour Hanitra,

    Merci pour votre article très informative. La pollution est particulièrement grave pour les enfants. Dans ce contexte, notre groupe de scientifiques a explorer la santé de poumon dans l’étude VAVANY à Tana en 2009 (publié dans le Journal of Asthma, 2012). La prévalence de l’asthme était plus de 10% entre les écoliers de la capital. Un autre étude – fait en 2013 dans la campagne – a montré de résultats similaires. Pour les pauvres c’est un autre charge très lourde pour soutenir.

    Peter Th Wolff

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