Exploitation des combustibles fossiles : Deux poids deux mesures pour Madagascar



Jacaranda

A l’heure où le contexte environnemental global marqué par les effets du changement climatique oblige le monde entier à basculer progressivement vers la transition énergétique, Madagascar commence à peine à découvrir et à exploiter son énorme potentiel en combustibles fossiles. Un deux poids deux mesures, entre les supposés avantages macro-économiques et les immenses et avérées menaces socio- environnementales.

La Grande  Ile possède au moins 200 blocs pétroliers dont seul le dixième est exploité. Rien que parmi ce lot, un seul site d’exploitation d’huile lourde, celui de Tsimiroro (désormais suspendu) possède à lui seul un potentiel de 1,7 milliard de barils. Cependant, force est de constater que le pays n’est pas encore en mesure d’exploiter de manière durable cette ressource non renouvelable. 200 blocs pétroliers, c’est bien beau, mais comment les exploiter durablement et équitablement ? Les risques socio-environnementaux ont-ils été sérieusement évalués et considérés et les mécanismes de compensation environnementale, s’ils sont possibles, ont-ils été vraiment appliqués ? Quels sont les débouchés au niveau local, national et régional ? Quels bénéfices pour les communautés locales et quelles améliorations dans leur vie quotidienne ? Le cadre légal est-il suffisamment réglementé ?

Code minier. Autant de questions restées pour le moment, sans réponses ou plutôt sans réalisations concrètes. Pour ne citer que le cas de la réforme du Code minier toujours « en bonne voie », jusqu’à maintenant et ce depuis au moins 2 ans, alors qu’elle est censée booster la compétitivité du marché, l’assainir et le réguler par une meilleure mise en œuvre de la réglementation, accroître les bénéfices micro-économiques tirés du marché pétrolier. D’ailleurs, malgré des appels d’offres internationaux peu ou prou alléchants, les investissements étrangers demeurent rares, voire suspendus s’ils ont déjà été amorcés. Plusieurs facteurs contingents expliquent cela. Citons à titre d’exemples, un flottement, beaucoup de flottements (autant d’ordre légal que structurel), la présence d’opérateurs pétroliers de circonstances (pas tous bien évidemment, mais une bonne partie quand même), qui ne brillent ni par leur professionnalisme ni leur rigueur vis-à-vis de la loi.

Energie thermique. Autre élément à ne pas négliger, et qui pourrait au moins dans l’urgence, justifier l’utilité de l’exploitation des combustibles fossiles : la société d’eau et d’électricité de Madagascar, fonctionne quasiment grâce à l’énergie thermique, donc le pétrole, dont la majeure partie provient de l’importation. Une sur importation qui, entre autres facteurs, oblige cette société à vendre à sa perte avec des dépenses de plus de 636 milliards d’ariary par an rien que pour le carburant. Alors que faire de tout ce pétrole ? L’exploiter tout de suite sans une stratégie claire et un manque flagrant de structures ; ou ne rien en faire et continuer d’importer du pétrole avec les dépenses que cela implique ? Un semblant   de dilemme cornélien, mais qui pourrait être résolu avec une politique minière et climatique claire, car rappelons-le encore une fois, le pétrole se tarit et des récentes études de Stockholm ont même alerté en disant que si le monde persiste dans l’exploitation des combustibles fossiles, la planète se transformerait en étuve, dans « moins d’un siècle ». Oui, la nouvelle politique de l’énergie (adoptée en 2015) existe, mais sa mise en œuvre n’est pas encore, hélas, effective.

Niveau national et régional. Vu sous un autre angle, notamment régional, le potentiel pétrolier de Madagascar peut dans une certaine mesure, représenter un avantage pour le pays, encore faut-il que toutes les problématiques précitées aient été « élucidées ». Seulement, c’est loin d’être le cas. Sachant qu’une transition énergétique, comme son nom l’indique est un processus qui s’inscrit dans le temps. Les défis sont donc, pratiquement les mêmes, au niveau national, régional, comme international : faire que la transition soit la plus équitable et « juste » possible pour les Etats, les populations, l’environnement, exploiter le marché des énergies renouvelables (car oui, le marché est bel et bien là), conscientiser les citoyens en les faisant comprendre l’imbrication des enjeux climatiques et socio-économiques, veiller à l’application effective de politiques climatiques. Insister sur la sensibilisation et l’information est intéressant, car rien que pour Madagascar, le charbon est utilisé par près de 80% des ménages quotidiennement et le gaz-considéré comme « énergie propre », alors qu’il est bel et bien fossile- arrive en deuxième position, avec les conséquences nuisibles pour l’environnement que cela implique. Une petite éclaircie dans ce tableau résolument sombre, la prise de conscience progressive au niveau mondial sur l’inéluctabilité de la transition énergétique. Rien que dans la zone Océan Indien, citons le forum régional des énergies durables qui s’est tenu à Maurice en mai dernier, organisé par la Commission de l’Océan Indien. Une avancée également dans une dimension plus sociale, le leadership et l’activisme des jeunes qui veulent renverser la vapeur en s’unissant et en militant pour l’atténuation et l’adaptation des effets du changement climatique.

Luz Razafimbelo

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