Efficacité énergétique en Afrique : Un vrai besoin qui doit se muer en priorité



Jacaranda
(Photo Luz Razafimbelo) Les panélistes lors de la session de la Banque africaine de Développement sur l’efficacité énergétique en Afrique, le 4 décembre lors de la COP24.

Le mardi 4 décembre, durant le deuxième jour de la 24e Conférence des Parties (COP 24), la Banque africaine de Développement (BAD) a organisé en son pavillon, une session durant laquelle les panélistes se sont penchés sur les enseignements à tirer des nombreuses initiatives autour de l’efficacité énergétique en Afrique.

Financement, régulation et sensibilisation. Il en est ressorti que le marché de l’efficacité énergétique en Afrique fait encore état de besoins divers et accrus en termes de financement et d’appui technique, notamment en matière de renforcement institutionnel, de développement de politiques dédiées et de renforcement de compétences. A été mise en exergue la nécessité d’une analyse de qualité et d’études de marché afin de mieux en définir les contours. « Le marché de l’efficacité énergétique, ses tenants et aboutissants, son potentiel et ses principaux défis ont besoin d’être analysés et clairement définis. » a souligné M. Dorsouma Al Hamndou, Chef de division Changement climatique et croissance verte à la Banque. Cela permettrait de mieux promouvoir le marché de l’efficacité énergétique qui est un domaine multisectoriel. Plusieurs panélistes ont insisté sur les besoins de financement du secteur, M. Dorsouma lui a tenu, quant à lui, à souligner davantage la dimension multisectorielle de l’efficacité énergétique dans le contexte africain. L’efficacité énergétique en Afrique ne dépend pas uniquement du financement. Il faudra en amont, d’abord être sûr d’établir et d’instituer une politique environnementale propice et stable pour le développement de ce secteur en Afrique. Ensuite, il est nécessaire de renforcer les capacités techniques des acteurs concernés et de toutes les parties prenantes. Enfin et non des moindres, il faudrait aussi plus de régulation, de communication et de sensibilisation pour « éveiller » les consciences collectives sur l’importance de l’efficacité énergétique dans les pays africains, en vue d’un accès à l’énergie qui soit efficient, durable et à moindre coût. Et lui d’affirmer : « Si ces trois conditions sont réunies, les financements seront plus faciles à mobiliser et la mise en œuvre des projets sera plus efficace. »

Risques et Transition. L’efficacité énergétique est également un concept- clé en matière de lutte contre le changement climatique, car elle permet de mettre en place une transition énergétique qui soit la plus « juste » et « équitable » possible en équilibrant son  côté commercial -le secteur de l’énergie verte est assurément un marché à explorer aux perspectives prometteuses)- et aussi social. En Afrique, 60% de la population n’ont pas accès à l’électricité. Cependant, force est de constater que ce secteur n’est pas encore une priorité en Afrique, en raison des nombreuses autres contraintes et priorités de développement humain, économique et social ; et il y aussi bien sûr le manque de moyens financiers, ou encore de volonté politique. En fait, les difficultés de mise en œuvre de projets durables d’efficacité énergétique en Afrique résultent de l’addition de tous ces facteurs. Une contingence qui n’est guère favorable à l’épanouissement et la stabilité d’un marché pourtant prometteur ; les ressources naturelles abondent en Afrique, qu’il s’agisse de l’efficacité énergétique, ou encore de la transition définitive vers les énergies renouvelables. A Madagascar par exemple, la nouvelle politique de l’Energie (NPE) établie en 2015 n’est toujours pas effectivement mise en œuvre. En revanche, dans certains pays comme le Maroc et notamment la Tunisie, l’efficacité énergétique constitue aujourd’hui une priorité. Cependant, comme tout virage, la transition énergétique se négocie ; raison pour laquelle l’efficacité énergétique apparaît comme un compromis intéressant pour les pays concernés, notamment les plus industrialisés, ou encore les producteurs de pétrole et ceux dépendant des énergies fossiles. En dépit de son potentiel et des opportunités qu’il recèle, le marché de l’efficacité énergétique comporte des risques notamment pour le secteur privé. Un point qu’a soulevé, M. Mark Radka du Programme des Nations unies pour l’Environnement, (PNUE) : « Les bailleurs se représentent le marché de l’efficacité énergétique comme un secteur à risques, aussi, ils ne veulent pas y injecter trop d’argent ni trop rapidement. » Les institutions financières représentées à cette session ont plaidé pour davantage de facilités, d’appuis financiers, de la part des banques commerciales notamment. Le secteur privé a assurément un rôle important à jouer dans la promotion de l’efficacité énergétique. D’ailleurs à titre d’information, une étude conduite par « Climate Technology Center and Network » (CTCN), l’entité opérationnelle du mécanisme de la Convention Cadre des Nations unies sur les Changements climatiques (CCNUCC) révèle que l’efficacité énergétique apparaît en tête de liste des besoins exprimés devant d’autres domaines prioritaires que sont l’agriculture et le secteur forestier. L’efficacité énergétique est un secteur-clé, à même d’aider le continent africain à faire face aux effets du changement climatique ; car il permet de mettre en œuvre à la fois des mécanismes d’adaptation et de mitigation. Ce dont a besoin le continent africain, où se trouvent nombre de pays parmi les plus vulnérables aux changements climatiques.

N.B : Cet article est publié dans le cadre de renforcement de capacités de jeunes journalistes africains, sous le lead commun de la Banque africaine de Développement et de la fondation Climate Tracker.

Luz Razafimbelo

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