Négociations à la COP 24 : Des ambitions revues à la hausse pour Madagascar

Jacaranda

La Grande Île compte bien faire entendre sa voix durant cette vingt-quatrième Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques. Les négociations s’annoncent toutefois délicates, car Madagascar doit trouver l’équilibre entre les revendications de ses groupes d’appartenance et ses besoins, qui ne sont pas forcément les mêmes.

Madagascar est le troisième pays le plus vulnérable aux changements climatiques. Cette caractéristique le distingue déjà par exemple du G 77 + la République Populaire de Chine, qui est un de ses plus grands groupes d’appartenance. Et c’est paradoxal, car cela signifie que durant les négociations, certains besoins spécifiques de la Grande Île, et peut-être les plus cruciaux, ne seront ni exprimés, ni satisfaits, car Madagascar doit s’aligner à ses groupes d’appartenance. Faisant également partie du groupe des Pays les moins avancés (PMA), la Grande Île a aussi besoin de revoir ses ambitions à la hausse pour atteindre effectivement une mise en œuvre effective de l’Accord de Paris ratifié en 2015. Pour cela, comme tous les 196 pays ayant ratifié cet accord d’ailleurs, la Grande Île essaie de savoir où elle en est, où elle va et comment elle peut y arriver. Dans les représentations collectives, il est généralement conçu que les actions techniques et politiques au niveau de l’environnement sont insuffisantes à Madagascar ; surtout au regard du budget consacré au ministère de tutelle qui n’est pas mirobolant. Ce qui est faux, à y voir de plus près, car sur le terrain, les techniciens se bougent et travaillent dur. En revanche, il est indéniable que des lacunes persistent, ce qui nous amène au second point.

Financement climatique et transfert de technologie. Les lacunes à Madagascar en termes de gestion des changements climatiques résident surtout, selon Lovakanto Ravelomanana -directrice du Bureau National de Coordination des Changements Climatiques (BNCCC) et également leader de la délégation malgache pour la COP 24 -, dans la coordination des activités, de la gestion des fonds et aussi du renforcement de capacité des parties prenantes. Prenons par exemple le besoin de « capacity building » dans l’élaboration du dossier des demandes de financement climat, dont les critères sont très exigeants, pour ne citer que le Fonds vert pour le Climat (GCF), qui est très exigeant en termes de critères, de gestion de fonds, et de transparence (conformément à l’Accord de Paris). En termes de transfert de technologie, les besoins de Madagascar se concentrent surtout sur les projets d’adaptation et de mitigation, et de la mise en œuvre du mécanisme REDD-plus (Reducing emissions from deforestation and forest degradation and the role of conservation, sustainable management of forests and enhancement of forest carbon stocks in developing countries) qui vise d’une manière générale, à réduire la déforestation et la gestion durable des forêts et du stockage de carbone, et du marché de crédit carbone, dans les pays développés. Rappelons qu’en juillet dernier, le Bureau national de coordination du REDD-plus a reçu un financement de 75 millions de dollars, grâce à la soumission d’un projet éligible.

Lobbying interne. Par ailleurs, des lacunes et des conflits précités, résultent un lobby interne des pays en voie de développement et appartenant au même groupe que la Grande Île, mais plus avancés qu’elle. Des financements importants tardent ainsi à être débloqués et cela retardent le processus des projets de mitigation et d’adaptation du changement climatique. En termes de financement climatique, l’absence à Madagascar d’une agence accréditée nationale pour gérer les financements climatiques constitue aussi un frein considérable. Pourquoi ? Parce que dans ce cas-là, les financements sont gérés par des agences internationales, qui selon les procédures légales, prennent un pourcentage pour la gestion et la coordination du fonds. Et indéniablement, ce pourcentage lèse le financement qui devrait être injecté directement vers le pays et les communautés bénéficiaires. Lovakanto Ravelomanana rassure pourtant en affirmant : « Conscient de cette lacune et de ses conséquences, la Grande Île est justement en train de créer et de mettre en place cette agence nationale accréditée pour la gestion des financements climatiques ». Les financements seront ainsi plus facilement accordés, car la communication sur leurs modalités de leur gestion sera plus facilement mise en œuvre : combien d’argent demander/accorder ? Comment le dépenser ? Combien a été finalement dépensé ? Pour en revenir aux négociations, comme les PMA, Madagascar revendique également une révision à la hausse du financement climat. En particulier, il entend favoriser les secteurs prioritaires que sont l’agroforesterie et la protection des écosystèmes marins et littoraux. Par ailleurs, au niveau des membres de la délégation de cette COP 24, la conviction est palpable. Pour ne parler que de Claude Fanohiza, directeur exécutif de la Fondation environnementale Tany Meva : « Je suis ici car je suis convaincu que si nous voulons agir pour l’environnement, pour le climat et les communautés, c’est maintenant. Nous n’avons pas le choix. Madagascar a un rôle important à jouer, des atouts à utiliser et nous sommes ici pour faire entendre notre voix ». Même topo pour les jeunes. Jay Ralitera, jeune activiste et coordonnatrice régionale pour l’Océan Indien de l’ONG Climate, de rajouter : « En tant que jeune, je veux me connecter avec les autres acteurs œuvrant pour le climat pour montrer que Madagascar et les jeunes malgaches bougent et que le leadership des jeunes peut peser lourd dans la balance ». D’ailleurs, les journées du 6 et du 7 décembre étaient consacrées aux droits de l’Homme et à l’importance du rôle des jeunes dans la lutte contre les changements climatiques.

Luz Razafimbelo

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    Entre Développer, magouiller et détruire l’environnement, il faut un halte.
    Prenons le cas de la colline d’Ambavarano qui sert de gîte d’emprunt pour la construction d’une route circulaire.
    La construction est une chose mais le souci environnemental n’est pas respecté, voire ignoré par le forcing émanant d’une autorité locale qui signe une autorisation de destruction et qui se fait une bénéfice en milliard d’ariary, non investi dans l’embellissement de l’environnement mais réinvesti à titre personnel en France par l’achat et l’ouverture d’un garage de maintenance de voitures par exemple.
    Tel cas mérite une bonne gestion et l’éradication d’une filouterie palpable qui se cache derrière le nom du président déchu et qui actuellement se change de paletot pour devenir une autre couleur, qui sait, l’orange peut être en cas de victoire de ce dernier car cette petite autorité a un trouille bleue de la couleur TIM, personne ne sait ce qu’ils ont eu réellement entre eux!
    Des phénomènes de LAVAKA sur Ambohidratrimo et ses environs immédiats, des déforestations à petit échelle perpétré par des grandes compagnies parfois sur plusieurs localités.
    ambohidratrimo devient un champion des lava-boalavo (trous à Ra-ts).

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