Châtiment corporel et violence psychologiquepar le personnel scolaire à Madagascar : Une entrave à l’épanouissement de l’enfant et à la réussite de l’apprentissage

Jacaranda

A Madagascar, les châtiments corporels ou les violences psychologiques commises par le personnel scolaire sont encore bien présents dans la pratique. Or l’un comme l’autre, se répercutent négativement sur l’estime de soi de l’enfant, donc freine son épanouissement individuel et gâche le plaisir d’apprendre, ce qui par ricochet entrave la réussite de l’apprentissage.

Il ne s’agit pas ici de verser dans un sentimentalisme exacerbé, mais bel et bien d’alerter sur des faits sociaux, constatés à Madagascar, mais aussi dans le monde. Les impacts cités quant à eux relèvent d’études menées en psychologie de l’Enfant et en sciences de l’Education. Malheureusement, selon le premier rapport national sur les violences subies par les enfants publiés par le Fonds des Nations unies pour l’Enfance en juin 2018, 49% des personnels enseignants interrogés les considèrent comme des « méthodes de discipline » par défaut et régulièrement utilisé et 21% de ces interrogés ont même osé affirmer que le châtiment corporel est approprié !Par ailleurs, 29% des enfants interrogés dans le cadre de l’enquête, les acceptent et les trouvent normales. Selon un sociologue interrogé sur le sujet, cela proviendrait des méthodes d’éducation encore ancrées dans la représentation collective malgache, il s’agit du droit d’aînesse exacerbé et de la pensée que le châtiment corporel à des fins de correction est une manière de prouver l’attachement à l’enfant, de lui prouver que nous « lui voulons du bien », d’où le fameux adage : « Zanakatianatsyitsitsianarotsan-kazo ». Pratiquées et intériorisées en famille, les chercheurs les appellent « violences intrafamiliales » ; que nous n’allons pas aborder ici. En tous cas, le châtiment corporel, qui blesse l’enfant dans son intégrité (physique et morale), quelle que soit son ampleur ou sa « rationalité » est « interdit » par la loi à Madagascar, cf l’arrêté ministériel du ministère de l’Education nationale 5246-96/MEN en 1996. Mais dans la pratique, c’est une autre histoire ! Encore une loi de plus, qui n’est pas suivie de mise en œuvre.

Un exemple de cas.Le rapport de l’UNICEF indique que selon les interrogés, les auteurs des châtiments corporels motivent leurs actes par des raisons telles que la désobéissance, l’insolence, l’« incompétence », le « manque de sérieux », ou autres « comportements turbulents ». Ce n’est pas Loan, petit garçon de 5 ans dans une école privée de la Capitale qui dira le contraire. Depuis qu’il est en préscolaire, il sait bien ce qu’est le châtiment corporel veut dire. Loan est de ceux appelés « affectueusement » hyperactifs et turbulents, mais en plus il préfère « jouer tout le temps en classe ». Un soir après l’école, il raconte en pleurs à un parent proche : « Aujourd’hui maîtresse m’a pincé très fort les oreilles et m’a dit de m’agenouiller « très longtemps » dans la cour, parce que je ne savais pas « écrire » et colorier sans dépasser et que je bouge tout le temps en classe. Je ne sais rien. L’autre fois elle m’a enfermé aux toilettes. Je veux changer d’école ».En effet, Loan est gaucher, donc à 3 ans, où il commence à apprendre à écrire, il est normal qu’il soit un peu « gauche ». En plus, il veut jouer tout le temps, donc pour le calmer, maîtresse a estimé le châtiment corporel comme approprié.

Absence de leadership. Ce que cette institutrice ignore cependant, c’est qu’en perpétuant de telles pratiques, elle ôte progressivement toute envie d’apprendre et lui donne un coup à chaque coup à son estime de soi. Un chercheur en psychiatrie des enfants de faire remarquer : « Ce n’est pas comme cela que nous formerons les leaders de demain. Avec cette méthode, nous réussirons plutôt à former des moutons de panurge ou des individus craintifs, bons pour le malheur et la psychorigidité.Et après l’on s’étonne que le pays manque cruellement de jeunes leaders, de créativité et de leadership ! L’école doit être source d’épanouissement et doit former des leaders, conscients de leur valeur et en pleine acceptation de leur individualité. En psychologie de l’enfant, il faut privilégier le renforcement des atouts des enfants et non la répression coercitive de leurs défauts ».Pour en revenir au cas de Loan, les parents ont ainsi soulevé le cas aux responsables psychologiques, lesquels ont dit que : «Ce n’est peut-être pas vrai,  Loan est très intelligent et il a sûrement inventé, nous allons toutefois aviser la maîtresse. Mais Loan a vraiment besoin d’autorité et de discipline. ».Dans ces cas-là, c’est souvent la parole « d’un petit » contre « celle d’un grand ».

Améliorations.Avec le temps, les mésaventures de Loan se sont tassées, avec seulement des « petits coups sur les doigts »ou de « petites moqueries » en moyenne section, lorsqu’il ne se concentre pas, mais joue ou nargue les deux maîtresses. Car le tableau n’est pas tout noir, l’une de ces maîtresses s’est aperçue depuis longtemps que Loan manquait « juste » de beaucoup de sérieux, mais qu’il était très intelligent, hypothèse corroborée par le responsable pédagogique de l’établissement scolaire, qui a d’ailleurs félicité Loan. Cependant, tous les enfants ayant subi des violences psychologiques et physiques par le personnel scolaire n’ont pas tous eu la chance de Loan, soit eux ou leurs parents se sont tus, et malheureusement ce sont ces mêmes enfants qui intérioriseront cette dévalorisation et deviendront des adultes blessés, peu sûrs d’eux, soumis et craintifs, ou au contraire rebelles, frustrés, anarchiques, ou délinquants, voire asociaux.

Préventions. Face à tant de conséquences désastreuses, force est de constater qu’il vaut mieux prévenir ces maltraitances en milieu scolaire que les guérir. Comment ? En essayant de comprendre, humainement parlant,pourquoi ces éducateurs sont-t-ils ainsi, agissent-t-ils ainsi ? Sont-t-ils suffisamment payés ? Est-ce du à la charge mentale (trop) lourde qu’ils portent à longueur de journée ? Enseigner est-t-il vraiment une passion et une vocation pour eux ? Sont-t-ils psychologiquement stables ? Quel(s) rapport(s) existent-t-ils entre leurs parents et les éducateurs (car oui, nous sommes des êtres humains et cela influence le rapport que l’éducateur entretient avec l’enfant) ? Un enseignant frustré, comme un parent frustré, fait rarement un éducateur bienveillant. Donc pour que l’épanouissement et l’apprentissage de l’enfant soit réussi, l’épanouissement ou du moins le bien-être de l’enseignant est primordial. Par exemple, l’accueil hebdomadaire d’un psychologue dans une structure scolaire, juste pour que les enseignants à boutsde nerfs et « malmenés » par leurs petits diablotinspuissent se confier sans être jugés et conseillés, pour ne pas commettre l’irréparable. Par ailleurs, intéressant également : initier, progressivement le personnel enseignant à des méthodes d’éducation alternative, comme la pédagogie Montessori ou l’éducation finlandaise, dont les concepts fondamentaux (que nous n’aborderons pas ici faute d’espace) sont -contrairement à ce qui est véhiculé- adapté au contexte malgache.

LuzRazafimbelo

Telma Fibre Vibe

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