Journée mondiale de l’Eau 2019 : « Ne laisser personne de côté ».

Seuls 23% des ressources en eau de Madagascar sont exploités.

A l’occasion de la journée mondiale de l’Eau, nous avons rencontré Arsène Raveloson, Président de l’Organisation de la Société civile Eau, Assainissement et Hygiène (OSCEAH). L’occasion de comprendre davantage le thème de la journée mondiale de l’Eau de cette année, et d’en apprendre plus sur le rôle crucial de la Société civile dans la promotion de l’accès universel et inclusif à l’eau , un élément-clé du développement humain durable.

Midi Madagasikara : Quel est le thème de la célébration de la Journée mondiale de l’Eau de cette année ?

Arsène Raveloson : Pour information, notons que la Journée mondiale de l’Eau a été célébrée depuis le 22 mars 1993. Le thème retenu pour cette 27ème édition est « Ne laisser personne de côté ». L’accès à l’eau est effectivement un droit universel et tous les êtres humains devraient en bénéficier. Or actuellement, à Madagascar et en Afrique comme dans la majorité des pays en voie de développement, l’accès à l’eau est loin d’être inclusif. 2,1 milliards de personnes sont encore privées d’eau potable dans le monde. Pour Madagascar, seul 24% de la population ont l’eau potable chez eux. Les 76% restants sont donc pour le moment privés d’eau avec tout ce que cela implique de risques sanitaires et de freins au développement. Alors qu’à côté, seuls 23% des ressources en eau de Madagascar sont utilisées actuellement.

Midi Madagasikara : Que faire alors et quels sont les rôles des OSC ?

A.R : Il faut faire des plaidoyers efficaces en faveur du caractère universel du droit de l’accès à l’eau, pour obtenir des changements à long terme. Pour cela il faut agir sur deux niveaux : le législatif et le financier. C’est-à dire instituer un cadre législatif fort en faveur de l’inclusion impérative de l’accès à l’eau. Ensuite, il faut revoir à la hausse le budget de l’Etat consacré à l’eau, à défaut d’un budget spécifique. Celui-ci ne représente actuellement que 1,6% du budget général de l’Etat, alors que pour réaliser la vision- que nous trouvons louable- de celui-ci qui vise à généraliser l’accès à l’eau à Madagascar d’ici 2023, le budget nécessaire est estimé à 20%. Il en faudra davantage pour réaliser l’ODD 6 qui prône l’accès universel à l’eau d’ici 2030. Le rôle des OSC est justement de faire un plaidoyer en vue d’influencer les décisions étatiques pour plus de lois et de budget consacré à la démocratisation de l’accès à l’eau. Influencer passe aussi par le soutien et aussi et surtout par l’identification, la collecte et le partage de bonnes pratiques. Mais cela nécessite un dialogue plus ouvert et mieux structuré entre l’Exécutif, le législatif et les sociétés civiles. Le quatrième pouvoir-les médias- joue aussi un rôle important, car en traquant la redevabilité des responsables concernés et en se connectant avec la population- censée être le premier bénéficiaire- il lui permet de s’impliquer davantage dans cette cause commune et cruciale qu’est l’accès à l’eau.

Midi Madagasikara : Quels seraient donc les problèmes majeurs entravant l’inclusivité de l’accès à l’eau à Madagascar ?

A.R : Le contexte national présente nombre de similitudes avec le contexte régional ²(africain). Il ne s’agit pas de ressources, mais de manque d’infrastructures, comme je l’ai dit plus haut, seuls 23% de nos ressources en eau sont exploitées jusqu’ici. Ensuite vient le manque d’effectivité de la décentralisation, des moyens financiers mobilisés et de la bonne gouvernance. Sur le terrain, tout se joue effectivement au niveau des communes. Des efforts ont été fournis sur ce point, comme par exemple la mise en place des structures locales de concertation pour un développement plus inclusif au niveau des communes. Seulement, des lacunes ont été constatées. Aussi, la société civile appuie les communes dans le renforcement de leurs capacités dans le domaine de l’accès à l’eau, mais aussi et surtout, pour une meilleure gestion et transparence budgétaire, afin d’allouer et de gérer le budget qu’il faut pour la cause adéquate. Le suivi de la redevabilité des communes dans les projets liés à l’adduction et à l’accès à l’eau, fait aussi partie des attributs de la société civile. Encore mieux et plus efficace, voire nécessaire avec l’appui des médias. Dans cette optique, j’aimerais davantage expliquer ce que nous entendons par bonne gouvernance. Il s’agit non pas de la représentation usuelle que l’on se fait de celle-ci dans l’imaginaire collectif, mais plutôt de celle qui se manifeste sur trois niveaux : la gestion des ressources, la gestion financière et une politique forte, spécifique et collée aux réalités locales et du profil et besoins des cibles. Enfin, l’implication du secteur privé est aussi nécessaire, l’Etat y a d’ailleurs déjà pensé en adoptant dans ce domaine la stratégie BOT ( Buy- Operate- Transfer), mais les acteurs du secteur privé ne semblent, pas encore, au diapason là-dessus, notamment par crainte de rentabilité, le marché étant encore trop risqué pour être réellement attractif. Mais les choses avancent, lentement peut-être, mais sûrement, surtout si les règles de jeu du marché sont en plus grande adéquation avec les besoins  du marché et des cibles.

Propos recueillis par Luz Razafimbelo

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