Rapatriement de travailleuses du Koweït : Un catalyseur de vigilance pour la traite d’êtres humains à Madagascar

(Crédit photo : MINSAN) Le MINSAN a effectué un « check-up » médical individuel pour les travailleuses rescapées du Koweït.

Le rapatriement récent et en cours d’une partie des travailleuses malgaches en provenance du Koweït a agi comme un catalyseur pour (re)lancer le haro sur ce fait social, qui est résolument de la traite d’êtres humains, de laquelle Madagascar est concerné, due entre autres, à son extrême pauvreté et à son emplacement géographique.

Suite à ce rapatriement annoncé officiellement le 25 mars dernier, la vigilance des autorités semble être accrue et celles-ci semblent tendre plus l’oreille aux alertes lancées par les organisations de la société civile et autres organismes concernés par la protection de la Femme et la migration, etc. Des langues se délient aussi plus facilement, jusqu’au démantèlement cette semaine, d’un autre réseau de trafic et de migrations illégales à des fins d’exploitation de femmes malgaches à destination de l’Arabie saoudite. De source bien informée auprès d’OSC œuvrant à l’international, dans les droits de l’Homme, notamment ceux de la Femme : « La traite d’êtres humains existe bel et bien à Madagascar- comme le cas à destination du Koweït par exemple, seulement faire la lumière sur ce fléau social prend du temps et s’avère d’autant plus compliqué, car celui-ci perdure malgré quelques démantèlements par-ci par-là (…) La raison principale en est que le réseau s’apparente carrément à un réseau mafieux dont une bonne partie des maillons se trouvent en haut-lieu, avec le poids économique et/ou le lobbying politique que cela suppose ». Ce dernier réseau démantelé montre quand même une certaine volonté politique d’éradiquer le fléau. Force est de constater, qu’à bien des égards, cela peut être qualifié de geste fort.

Conditions inhumaines et libre-arbitre. Les conditions de travail qui attendent les femmes émigrant au Koweït sont inhumaines, d’après le récit des « rescapées ». Pour ne parler que le cas des 90 femmes environ dont une partie a déjà été rapatriée depuis la semaine dernière et une autre prévue être rapatriée hier. Ce n’est pas nouveau et des cas de maltraitance se soldant par la mort ont été maintes et maintes fois rapportés. Cependant, cela n’empêche  pas les femmes de postuler et de se jeter dans la gueule du lion en prenant contact  des agences de recrutement. Nous ne pouvons pas dire-évidemment- que ces femmes n’ont pas été averties, ne serait-ce qu’en se documentant sur le sujet. Alors pourquoi postulent-elles encore ? La réponse est simple, pour « améliorer leurs conditions de vie ». Une ancienne travailleuse, heureusement rescapée et qui étrangement, n’a pas été maltraitée par ses employeurs raconte : « En travaillant en tant que domestique au Koweït, pendant environ deux ans, j’ai gagné plus de 500 000 MGA par mois, alors qu’ici en travaillant en tant que secrétaire, je ne touchais même pas cette somme. J’envoyais alors 250.000 MGA par mois au pays pour aider ma mère pour l’éducation de ma fille et elle a même pu épargner un peu pour préparer mon retour. Lequel a eu lieu au bout de deux ans, car ma fille me manquait trop. » Ce témoignage montre que l’appât demeure irrésistible, dans un contexte de pauvreté, quitte à induire en erreur celles en quête d’une vie meilleure, ou moins infernale. Force est de constater qu’elles y vont tout de même de leur libre arbitre dans ce qui finit toujours par aboutir à une descente aux enfers. Comme le cas de ces 80 travailleuses malgaches réfugiées auprès d’un centre dénommé « Expatriate manpower lodging » avec d’autres travailleuses provenant de la région (Afrique) qui ont lancé un SOS, une « bouteille à la mer » au pouvoir et ayant abouti à ce rapatriement. Pour en revenir au libre arbitre, une sensibilisation doublée de mesures d’accompagnement doit ainsi être prodiguée aux femmes malgaches potentiellement séduites et victimes de ce trafic d’êtres humains, déguisé. Une sensibilisation sur le fait qu’il s’agit bel et bien d’une traite, d’une exploitation et qu’elle risque d’y laisser leur peau ou davantage, ou carrément de ne plus y  revenir. Des mesures d’accompagnement aussi qui leur donnent des pistes et/ou des actions d’améliorer leur vie et leurs revenus sans devenir victime consentante du trafic d’êtres humains et en préservant ainsi leur vie et leur dignité. C’est bien beau en effet de punir et de démanteler des réseaux, mais c’est encore plus urgent et plus efficace d’aider les femmes et les Malgaches à trouver des moyens, sécurisés, légaux et décents de gagner leur vie. Une mobilisation locale, nationale et régionale est nécessaire, tout comme la collaboration entre le privé (les entreprises), l’Etat, i.e : le ou les ministères concernés (celui de l’Intérieur, de la Population, des Affaires étrangères, etc.) mais aussi des organismes internationaux, comme l’Organisation des Nations unies sur l’Immigration. Notons par ailleurs, que le ministère de la Santé publique s’est aussi impliqué dans le rapatriement de ces victimes en provenance du Koweït en effectuant une visite médicale individuelle.

Luz Razafimbelo

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