HCDDED : Ethique des politiciens, garante de l’Etat de droit

Jacaranda
NAVONY Pierre Lenoble, président du Haut Conseil pour la Défense de la Démocratie et de l’Etat de Droit (HCDDED).

En cette période électorale, NAVONY Pierre Lenoble, Président du Haut Conseil pour la Défense de la Démocratie et de l’Etat de Droit (HCDDED), s’exprime sur le caractère indispensable du respect de l’éthique et de l’information inclusive des citoyens pour la tenue d’élections crédibles. Interview.

Midi Madagasikara (M.M) : En tant que défenseur de la démocratie et de l’Etat droit, que recommande le HCDDED, pour plus de transparence dans cette campagne électorale ?

NAVONY Pierre Lenoble (N.P.L) : Le respect de l’éthique par les candidats en particulier et du microcosme politique en général s’avère capital, étant donné certains flous juridiques entourant l’élection, la précampagne notamment. Ce qui nous amène à un autre point important, l’information juste et inclusive des citoyens, dépendant autant des médias que des citoyens eux-mêmes. Il importe ainsi que les citoyens soient bien formés et éclairés sur leur choix, pour qu’ils puissent élire, un député, responsable, intègre et pragmatique, qui serve réellement leurs intérêts. Pour ne parler que de la Charte de bonne conduite, non respectée par certains signataires. Comment être sûr qu’arrivés au pouvoir, ces signataires réalisent leurs promesses électorales, s’ils ne sont même pas capables de respecter une charte qu’ils ont dûment signée.

M.M : Quels constats et recommandations sur le déroulement actuel de la période électorale en cours?

N.P.J : Force est de constater ici et là « quelques déraillements », demeurant toutefois rectifiables ; mais tributaires autant de la volonté politique des dirigeants que de la responsabilité citoyenne. Donc, nous recommandons de clarifier les règles du jeu- via des propositions de lois régissant la précampagne et la campagne électorale. Cela fait d’ailleurs parties de nos attributions. Par ailleurs, nous préconisons le renforcement des activités de suivi-évaluation sur l’application de la charte de bonne conduite ; et des sanctions vont tomber en cas de non-respect.

M.M : Cela fait un an que le HCDDED a été institué. Pouvez- vous en dresser un bref bilan ?

N.P.L : Le rôle du HCDDED est notamment d’agir en faveur du respect de la démocratie et de l’Etat de droit, en agissant sur deux niveaux : la sensibilisation et l’information des citoyens et l’interpellation du microcosme politique. Ainsi, nous recevons des doléances, dons certaines ont été traitées et d’autres en cours de traitement. Nous avons notamment entrepris de conséquents travaux de sensibilisation, d’interpellation et de médiation sur la recrudescence des vindictes populaires. Nous devons admettre cependant l’insuffisance de budget, notre budget est le plus réduit, dans la Loi des Finances. Cela implique une réduction de la marge de manœuvre au profit du budget de fonctionnement.

M.M : En tant que président du HCDDED et pour informer le grand public, parlez-nous un peu de votre parcours.

N.P.J : Historien de formation et politicien par vocation et passion, j’ai été notamment membre de cabinet de plusieurs ministères. J’ai été également vice-président du Congrès de la Transition pour la province de Mahajanga, durant la transition. Ce qui m’a le plus marqué, à vie, dans mon parcours c’est le fait d’avoir été témoin du génocide rwandais en 1994. Par ailleurs, sans vouloir faire un parallélisme raccourci entre Madagascar et le Rwanda, j’estime en toute humilité, que nous pouvons nous inspirer de ce pays pour sortir enfin, de la pauvreté et instaurer une véritable démocratie. Ces derniers temps, la cause ethnique- voire l’incitation à la haine dans certains cas extrêmes (notamment sur les réseaux sociaux)- la (soi-disant) mauvaise répartition du pouvoir ont été fortement mobilisés à Madagascar. Heureusement, l’union nationale est encore préservée, du moins pour la forme. En effet, la frustration résultant du développement inégalitaire et du sentiment d’injustice sociale- comme ce fut le cas en 1994 au Rwanda avec les Tutsi (« minoritaires », mais politico-économiquement dominants) et les Hutu (« majoritaires », mais politico-économiquement peu et/ou mal représentés)- peuvent se terminer de manière sanglante, sous fond de pauvreté et de manipulation sociopolitique mobilisant fortement l’affect, l’irrationnel et l’émotionnel. Je termine donc en disant que pour ne pas en arriver là, il faut que Madagascar songe à mettre en avant l’union nationale, la bonne gouvernance, l’intégrité et la redevabilité des politiciens et un développement inclusif et égalitaire, se manifestant notamment par une décentralisation effective et une participation citoyenne plus conséquente.

Propos recueillis par Luz Razafimbelo

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