Des produits de soins « plus dangereux qu’utiles » : Douze médicaments ajoutés à la liste noire

Jacaranda
Quelques-uns des médicaments figurant sur la liste sont accessibles sans ordonnance.

La revue médicale française « Prescrire » vient de publier le 29 novembre dernier une nouvelle liste noire de médicaments qualifiés de peu efficaces et « plus dangereux qu’utiles », et ne répondant ainsi plus à une balance bénéfice-risque favorable. Certains d’entre eux sont fréquemment utilisés à Madagascar.

Le bilan 2020 des médicaments à écarter des soins, établi par la revue médicale Prescrire, vient d’être rendu public. Pour la huitième année consécutive, Prescrire publie, en effet, une liste noire des médicaments jugés « plus dangereux qu’utiles ». Douze médicaments ont été ajoutés à cette liste noire car les effets indésirables auxquels ils exposent sont disproportionnés par rapport à leur faible efficacité ou à la bénignité de la situation clinique dans laquelle ils sont autorisés. Des médicaments contre la toux, contre les troubles cognitifs des patients âgés, contre les troubles digestifs, les insuffisances veineuses, etc.

Mis à l’index. Ainsi,  les ajouts au bilan 2020 des médicaments à écarter 2020 incluent l’alpha-amylase (Maxilase ou autres) utilisé pour les maux de gorge. Un corticoïde en pulvérisation buccale, le tixocortol (présent avec la chlorhexidine dans le Thiovalone et ses équivalents) également utilisé contre le mal de gorge bénin, est à l’origine de réactions allergiques, note la revue. Le Ginkgo biloba (Tanakan ou autre) utilisé dans les troubles cognitifs chez les patients âgés, comporte un risque d’hémorragies, de troubles digestifs et de convulsions. Le Ginkgo biloba est utilisé combiné à d’autres molécules, sous le nom de Ginkor fort, dans l’insuffisance veineuse, mais sans plus d’efficacité, précise la revue. Le naftidrofuryl (Praxilène ou autres) dans la claudication intermittente ischémique liée à une artériopathie des membres inférieurs, est également mis à l’index, tout comme le pentosane polysulfate oral (Elmiron) dans le syndrome de la vessie douloureuse ; la pentoxyvérine (Vicks sirop pectoral 0,15 %, Clarix toux sèche pentoxyvérine 0,15 %°). Cet antitussif « expose à des troubles cardiaques » et « à des réactions allergiques graves« , souligne la revue. Figurent aussi parmi les ajouts sur la liste noire le ténoxicam (Tilcotil), un anti-inflammatoire non stéroïdien ; et la xylométazoline, un décongestionnant rhinopharyngé.  Et enfin, la contamination par du plomb des argiles médicamenteuses utilisées dans divers troubles intestinaux, dont les diarrhées, justifie d’écarter des soins plusieurs médicaments. Tel est le cas pour l’attapulgite (Actapulgite, ou en association dans Gastropulgite) ; la diosmectite (Smecta ou autre) ; l’hydrotalcite (Rennieliquo) ; la montmorillonite beidellitique alias monmectite (Bedelix, ou en association dans Gelox) ; le kaolin (en association dans Gastropax et Neutroses).

Pas interdits. Il convient de préciser que ces médicaments ne sont pas interdits. Cependant, la publication du bilan de Prescrire a déjà conduit à des cas de retrait de certains médicaments du marché en France et en Europe. Un médicament qui figurait dans le bilan 2019 des médicaments que Prescrire conseille d’écarter n’est plus commercialisé en France. Il s’agit de la méphénésine (Décontractyl, Décontractyl Baume), un myorelaxant. L’Agence française du médicament (ANSM) a retiré cette année les autorisations de mise sur le marché (AMM) en raison, justement, de la balance bénéfices-risques défavorable. La méphénésine en application locale reste cependant commercialisée dans un autre pays européen, raison pour laquelle la revue l’a laissée dans sa liste.

La publication de cette liste des médicaments à écarter est destinée à « aider à choisir des soins de qualité, de ne pas nuire aux patients, et à éviter des dommages disproportionnés pour les patients », souligne la revue. Le bilan publié par Prescrire recense des cas sérieusement documentés. La revue conseille ainsi d’écarter des soins ces médicaments concernés par ce bilan, dans toutes les situations cliniques dans lesquelles ils sont autorisés en France ou dans l’Union européenne. Certains d’entre ces médicaments sont fréquemment prescrits à Madagascar. « En prescrivant un médicament, le professionnel de santé doit toujours mettre sur la balance les bénéfices et les risques que représente ce médicament sur le patient. Il ne doit le prescrire que lorsque les bénéfices tirés de son utilisation sont supérieurs aux risques éventuels qu’il représente, au niveau des effets indésirables», explique alors un professionnel de santé.   

Rappelons que la revue médicale Prescrire est éditée par l’Association Mieux Prescrire, une association française de formation à but non lucratif. Les rédacteurs de cette revue sont des professionnels de santé : médecins généralistes ou spécialistes, exerçant en cabinet libéral ou à l’hôpital ; pharmaciens officinaux ou hospitaliers ; dentistes, etc.   D’autres sont économistes, sociologues ou journalistes compétents dans le domaine de la santé. Tous doivent n’avoir aucun lien financier direct ou indirect avec une firme pharmaceutique.

Recueillis par Hanitra R.

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