Protection des enfants : Un problème de taille à Madagascar

L’Unicef avance d’emblée dans son évaluation formative du programme de pays (2015-2020) que le système de protection des enfants à Madagascar demeure faible. 47% des enfants de 5 à 17 ans sont impliqués dans le travail des enfants ; 37% sont mariés avant l’âge de 18 ans ; et 63% des enfants âgés de 1 à 14 ans ont déjà subi un châtiment corporel.

Ces dernières semaines, les médias ont relaté différents faits de viol sur des enfants à Madagascar. Des nouvelles qui n’ont pas manqué d’écœurer une grande partie de l’opinion publique.  Dans les discussions autour du sujet dans les différents séminaires et réunions organisés par les acteurs engagés dans la protection des enfants, la culture, l’éducation, et la pauvreté et ses conséquences [alcoolisme, changement de comportement, etc.] sont souvent considérés comme à l’origine des actes ignobles perpétrés aux enfants. Et pour dire les choses telles qu’elles sont, les violences à l’égard des enfants remontent à très loin ; mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’elles sont mises en lumière, et les réseaux sociaux et l’engagement des médias y sont pour quelque chose. On peut même dire que beaucoup plus de personnes sont sensibles à cette cause que le travail des autorités s’est vu alléger par ce système collaboratif. Néanmoins, les faits relatés dans les journaux ne sont qu’une infime partie, et la face cachée de l’iceberg est encore d’une taille imposante.

Activités prévues par l’Unicef. L’évaluation formative du programme de pays entre le gouvernement de Madagascar et l’Unicef (2015-2020) a pour objectif principal d’informer et d’appuyer la préparation du futur programme du pays (2021-2023). Le document publié sur le site de l’organisme international affirme que « 34% des enfants de moins de 5 ans ne bénéficient pas d’une garde adéquate et sont laissés seuls ou sous la garde d’un autre enfant pendant plusieurs heures. La prévalence de la violence à l’encontre des enfants de moins de 5 ans serait également élevée ». Aussi, pour les trois prochaines années, les activités dans le cadre de la protection de l’enfance à Madagascar incluent le développement et la mise en œuvre d’un cadre national de protection de l’enfance et d’une stratégie de plaidoyer en vue de contrer la violence et l’exploitation des enfants ; le renforcement des capacités des autorités infranationales de protection de l’enfance en gestion des services de protection ; et la mise à l’échelle des programmes de communication pour le changement de comportements, et la sensibilisation des populations sur les questions de violence envers les enfants.

La précédente génération ? Dans ce grand débat sur la violence envers les enfants, la génération précédente est celle oubliée. Mais elle aussi a subi de violences sexuelles et physiques qui sont passées sous silence. « Ma première expérience sexuelle s’est passée avec notre gardien. Il n’arrêtait pas de me reluquer depuis quelques semaines, mais je n’osais pas en parler à mes parents. La suite, vous la connaissez, et cela ne s’est jamais arrêté, jusqu’au jour où mes parents m’ont envoyé à l’étranger », nous a raconté une jeune fille victime d’abus sexuels. Et dans cette situation, elle n’est pas la seule. Jeunes garçons et filles ont payé les frais des écarts de conduite de certains adultes pendant des années. Mais ces choses là font honte et n’ont jamais constitué un dossier solide. De plus, avec la notion de prescription, les victimes n’ont plus d’autre choix que d’apprendre à vivre avec. Et même s’il est vrai que de plus en plus d’adolescents cherchent la maturité avant l’heure, et aiment tenter des expériences qui ne sont pas de leur âge, les abus sont bel et bien présents sur la Grande-île, et méritent une lutte à la hauteur de leur ampleur.

Anja RANDRIAMAHEFA

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