Jeannot Ravonimbola : « Le MJS ne gouverne plus le sport à Madagascar, ce sont les fédérations qui dictent leur loi »

Jacaranda

Inspecteur de la Jeunesse et des Sports formé au Sénégal, sortant de l’EN 3, spécialiste en éducation et sciences des sports et management à Düsseldorf de 1987-1989, ancien international et directeur technique national de la Fédération malgache de basket-ball, directeur du sport fédéral de 1997 à 1999 et directeur régional des sports Boeny de 2003-2017, Jeannot Ravonimbola connait bien le sport malgache. Face à la situation actuelle du sport malgache, il nous a livré son point de vue dans une interview où il ne mâche pas ses mots.

MIDI Madagasikara (MIDI): En tant que grand champion, technicien, comment voyez-vous la situation du sport à Madagascar et quelle est la raison principale de ce dégringolade ?

Jeannot Ravonimbola (J.R) : « Vu les résultats que nous constatons et voyons actuellement, la situation du sport à Madagascar est chaotique et catastrophique, alarmant, par rapport aux années 70, 80 et 90. Madagascar a occupé la scène africaine et les premiers rangs dans l’Océan Indien. Bref, le top 20 du sport en Afrique. Par exemple, aux Jeux Africains de 1999 en Afrique du sud où j ai été le directeur du sport fédéral, Madagascar était à la 11e place sur 54 pays. Aujourd’hui, le pays est à la 5e place avant les derniers. La raison est simple, le MJS n’a plus sa raison d’être. Ce sont les fédérations qui commandent le ministère et font la loi. Le sport n’est pas une priorité, par ceux qui se sont succédé à commencer par le Président de la République. L’absence des textes législatives en matière de sports et la non application des lois, le manque des infrastructures sportives, le manque de formation spécialisée pour nos encadrements techniques et sportifs sont les véritables lacunes et problèmes. Le sport de haut niveau exige de véritables spécialistes. Les anciens sportifs ne sont pas suffisants. La périodisation des entraînements est totalement écartée et bâclée, les joueurs et sportifs s’entraînent aveuglement. Les sportifs sont mal nourris, leurs efforts ne sont pas compensés, la diététique sportive n’est pas du tout appliquée »

MIDI : Comment retrouver l’autorité du MJS bafouée par des fédérations et qui abusent de la délégation de pouvoir accordée par le ministère entre autres le refus d’organiser les AG, vote de quitus, détournement de fonds ?

J.R: « La délégation de pouvoir est donnée à la fédération par le MJS, un texte réglementaire régit cette délégation, chaque fédération est sous tutelle du ministère, il suffit de les appliquer et de les respecter et tout marche. Mais ce qui manque est que les deux entités ne se soucient même pas de l’existence de ces textes, on l’ignore carrément. L’ancien Directeur Général des sports est parmi ceux qui ont élaboré les textes, il est mieux placé pour les appliquer. Dommage il a été remercié. Mais avec un Secrétaire Général ou un ministre qui ne pense qu’à leur chaise, qui ne connaissent même pas l’existence de ces textes. Je me demande pourquoi l’actuel SG n’arrive pas à sortir la loi sur le sport, bien qu’il fût là depuis plusieurs années, en tant que SG et DG. Ce qui signifie qu’il ne comprend rien sur le développement du sport au pays. Il a peur des fédérations. Il n’ose même pas les interpeller pour leur demander pourquoi elles n’organisent pas leurs AG. Il n’ose pas inspecter et contrôler les fédérations pour l’utilisation des aides financières reçues. Il est complice avec TAFITA et les fédérations dans la gestion non transparente sur les dépenses et les différentes aides. Les clubs n’ont jamais accès aux aides de TAFITA, mais seulement les fédérations. TAFITA est- il vraiment nécessaire pour le développement du sport et de la jeunesse à Madagascar ? Ou uniquement pour une minorité de personnes. Il est temps aussi de changer les textes »

 MIDI: Et le volet gouvernance…?

J.R : « Le MJS ne gouverne plus le sport à Madagascar, ce sont les fédérations qui dictent leur loi contrairement aux deux décennies auparavant. C’est le monde à l’envers, quand elles n’obtiennent pas ce qu’elles veulent, les fédérations menacent le MJS par des textes des fédérations internationales ou convoquent des conférences de presse. Il ne faut pas oublier que Madagascar est régit par ses propres lois et textes »

MIDI : Les nominations au sein du MJS ont fait couler beaucoup d’encre et générer des contestations. Qu’en pensez-vous ?

J.R : « Je suis tout à fait d’accord avec eux, je suis de même avis. Il y a trop d’ incapables à commencer par le ministre, qui est un néophyte dans le métier. Un militaire, un médecin, ou tant d’autres qui n’ont aucun vécu sportif ne connaissent rien en sport, et surtout en matière de la jeunesse. C’est logique que le ministre nomme un SG ou directeurs à sa façon. Quand j’ai suivi une formation à Dakar, Sénégal lors de mon obtention de mon diplôme d’Inspecteur de l’Education populaire de la Jeunesse et des Sports de 1994 à 1996, j’ai suivi le cursus de formation de nos athlètes boursières de la CONFEJES, à Thiès. L’actuelle DG des sports était là- bas aussi, et dire que personne ne savait ce qu’ils sont devenus. Elle a eu juste un certificat et non un diplôme équivalent de Master d’où les faux diplômes évoqués par nos spécialistes en sports et jeunesse. Je tiens à signaler que le CONFEJES ne délivre jamais de diplôme. Et en plus, si étonnant aussi l’attitude de l’ancien directeur général de l’ANS ».

MIDI : Le corps des Inspecteurs de la Jeunesse et des Sports est resté silencieux ces derniers temps, pourquoi? Vous avez déjà été le président il y a plus de dix ans ?

J.R : « Les inspecteurs ne quémandent pas un poste quelconque, ils sont spécialistes en matière de sport et surtout la jeunesse. Ce qui signifie que le Ministère est leur terrain de travail. Dommage qu’à chaque changement de gouvernement, ils sont les premiers oubliés. Les inspecteurs ont reçu des formations multidisciplinaires, des collègues ont occupé des postes de SG, DG, ambassadeur ou ministre, dans les institutions. Ils sont des véritables managers pour le développement socio-économique du pays. Actuellement, le corps des inspecteurs de la Jeunesse et des Sports est en voie de disparition car la plupart des membres sont partis à la retraite. C’est bien dommage pour le pays, et surtout pour le sport et la jeunesse »

Recueilli par T.H

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