Cinéma : Benoît Ramampy le traducteur des tragédies

Une des images rares de Benoît Ramampy extraite du livre « Caméra rebelle » de Karine Blanchon.

Reconnu par toutes les générations de cinéastes de Madagascar comme le père de la fiction malgache, Benoît Ramampy a marqué son empreinte avec le film « L’accident ».

Réalisateur génial, Benoît Ramampy a été le cinéaste qui a réussi durant son vivant à faire éclore les premiers langages du cinéma malgache. Un langage qui a été fauché au passage par les différentes conjonctures politiques qu’a connues le pays et a fini par être recalé dans les caves de l’histoire. Peu de choses ont été connues sur cet artiste du septième art malgache. Pourtant, son parcours ressemble plus à ceux des artistes d’autres disciplines comme Rakotozafy, Raparivo ou encore Rakoto Frah. Ce grand monsieur est un monument de la culture malgache.

Né en 1947 à Ambalavao, Benoît Ramampy avait une personnalité à part. Avec un père dont les traits de caractère ont été forgés dans de l’acier trempé, il avait de quoi prendre de la graine. En effet, le paternel était un soldat de l’armée française. Elevé au grade de capitaine, il a servi en France, en Rhénanie, une région allemande et en Syrie. Officier dans l’infanterie, le paternel aurait sans doute été souvent confronté à des situations difficiles.

Plus tard, il retourne au pays et se consacre à sa famille. Dix enfants, dont lequel se trouvait Benoît Ramampy. On peut dire qu’à cette époque, la situation de la famille permettait quelques largesses. Un père ancien soldat français, avec une solde bien fournie et sûrement des privilèges, quoi qu’il en soit, Benoît Ramampy avait déjà un regard bien différent. Un regard qui l’a forgé pour que ses films reflètent toujours cet engagement social envers ses compatriotes. Son attrait pour le cinéma a commencé à une époque où certains rêves étaient encore réalisables.

L’accident. En 1972, Benoît Ramampy sortait un film de 29 minutes qui est resté dans les annales du cinéma malgache. Pour faire simple, « L’accident » est un camouflet visuel contre le schéma dominant/dominé. Un zoom sans plis sur la relation tragique entre les nantis et les moins nantis. Quand un fils à papa heurte violemment avec sa voiture un père de famille, travailleur de la terre, ce dernier laisse dans son sillage une famille éplorée et inévitablement sans le sou. Moins de trente minutes durant lesquelles le réalisateur décortique cette société malgache qui croule sous les privilèges de certains membres de la société. Il faut tout de même rappeler qu’il s’agit d’une fiction.

Après « L’accident », fort de cet engouement d’autres films ont tout de suite suivi. Comme « Very remby » de Solo Ignace Randrasana, « Rovi-damba ririnina » de Jeannot Rajoro et « Asakasaka » de Limby Maharavo.  C’est indéniable, Benoît Ramampy a servi de porte-fanion du cinéma malgache. Celui qui voulait s’émanciper des raisons politiques, mais se rapprochait du culturel de cet art. Si le sujet de « L’accident » est une litanie qui rappelle la lutte « éternelle » des classes, qui prévaut encore jusqu’à maintenant. Il a osé la « malgachiser » à travers le cinéma.

Maminirina Rado

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