Sillon du passé : La croisade moraliste de Tsiranana

En 1960, les chanteurs malgaches se réfèrent à la fois aux maîtres du blues américain, aux grandes voix du « protest song », au Bà gasy qui s’accompagne à la guitare acoustique… anti militariste et anti autoritaire, ces blues dénoncent la condition paysanne et celle des chômeurs… Les chanteurs comme Rambao sont alors les précurseurs d’une contre culture de jeunes urbains, qui s’alimente à la fois de courants hippies de l’Occident mais aussi de Chine, de la Révolution culturelle et du monde rural malgache.

La culture établie à Madagascar est un mélange de traditionalisme et d’une francophilie héritée de la colonisation, et considérée comme la voie vers le progrès. Les deux tendances : souci de préserver l’authenticité malgache et francophilie, entrent cependant en contradiction, particulièrement en ce qui concerne la mode des jeunes.

Les mini-jupes interdites. La place des femmes dans la société change également : devenues actives, elles recherchent des vêtements favorisant la liberté de mouvement tels que les pantalons, les mini-jupes… La chanson d’Henri Ratsimbazafy « Ny lamaody », diffusée vers la fin des années 1960 décrit cette évolution qui atteint Madagascar et qu’il réprouve, comme bon nombre de ses concitoyens. Soucieux de concilier ce traditionalisme des Malgaches et le christianisme des populations urbaines, le gouvernement fit interdire la mini-jupe au nom de l’authenticité malgache et de la morale. À compter de 1960, les dix premières années de l’indépendance se terminent sur ces interdictions. Avec elles naît l’incertitude. En France, le modèle symbolisé par le Général de Gaulle est mis en question, les jeunes se mettent en grève et font la promotion de valeurs auparavant interdites. Le Ministre d’État de l’Intérieur, André Resampa, décrète une loi interdisant le port des mini-jupes et de tout autre vêtement court. Elle parut dans les journaux. C’est au nom de l’authenticité malgache et du moralisme que le gouvernement interdit le port des mini-jupes pour les filles et des cheveux longs pour les garçons. Toutes les femmes étrangères entrant sur le territoire malgache se sont heurtées à cette même interdiction. À l’époque, dans de nombreuses contrées rurales lointaines, les femmes continuaient à évoluer en public les seins nus et les hommes portaient de longues tresses.

Recueillis par Iss Heridiny

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