Valeur malgache : Du fihavanana à l’hypocrisie sociale

L’écorce du caïlcédrat est amère, mais elle guérit. Les dures vérités déplaisent mais sauvent. (photo : Iss Heridiny)

Hier île verte, aujourd’hui île rouge, Madagascar vieillit ! Le temps lui a tracé des rides intéressantes. Jusqu’ici, le passé rattrape ses 25 millions d’habitants. Ce passé tumultueux a laissé des héritages que les Malgaches n’ont pas choisis.

 

Si la Grande île était un être humain, elle serait une vieille dame de 62 ans, inerte dans un fauteuil incliné. Épuisée et impuissante, elle observe ses petits-fils toujours en récréation, main dans la main. Mais derrière ce geste se cache une hypocrisie maladive, appelé «fihavanana ». Une belle image qui se traduit par « Nous nous aimons…aux yeux de tous », alors que des grimaces menaçantes crispent leur visage.

 

En effet, le fihavanana a une multiple facette. Un mot qui ne quitte pas les lèvres quand on ne veut pas déclencher une querelle. Pourtant, une guerre tiède anime la vie quotidienne. En outre, le fihavanana est une devise criée dans les quatre coins de l’île, un terme chanté par des artistes chaque fois qu’une région est victime d’un cyclone ou de kere. En réalité, le mot est synonyme de népotisme, voire de clientélisme. Prononcé haut et fort, considéré comme une sagesse des ancêtres, le fihavanana est un idéal jamais atteint, introduit dans un slogan politique. Dieu seul sait ce qu’il y a vraiment dans les cœurs de ces crieurs.

 

Effectivement, comme toutes les nations existant sur cette Planète bleue, les Malgaches ont été témoins d’événements fâcheux. En lisant les histoires des aïeux, on aperçoit à travers les écrits des guerres de succession, des stratégies machiavéliques, un véritable panier de crabes, loin des récits « Ny fahendren’ny Ntaolo» littéralement la sagesse des ancêtres.

 

Puisque dans la culture malgache, «les aïeux n’ont pas tort», ceux-ci dressent une chronologie raturée. Les rayures sont tellement épaisses que les descendants sont confus même s’ils se mettent à lire entre les lignes. L’objectif n’est pas de rejeter la faute sur les «Ntaolo» qui ont fait ce qu’ils pouvaient pour leur progéniture, bien que leur vécu ait été pénible. Mais leur récit semble flou. Cette opacité extrême falsifie les faits historiques ! Ce n’est pas étonnant si les Malgaches se retrouvent sans repères.

 

La fatalité et les vengeances bouillonnent dans les veines. La Nation malgache est en réalité dans un chantier dépourvu de ciment et les ouvriers ne savent pas où en trouver pour bâtir la grande maison. Alors, empiler les pierres les unes sur les autres est la seule solution. Bien entendu, l’édifice s’écroulera par conséquent, face aux aléas des événements comme les crises sociopolitiques.

Par ailleurs, la Grande Île, comme tous les pays du monde, a connu des difficultés auxquelles les citoyens n’en tirent aucune leçon… Une cohabitation existait depuis des siècles. De la période clanique jusqu’à l’hégémonie merina en passant par l’empire sakalava, l’unification de l’île Rouge était la principale préoccupation des dirigeants de l’époque. Mais cette union sous-entend une domination. Naturellement, des conquêtes se sont succédé. Les peuples soumis font preuve d’allégeance aux vainqueurs. Devenus feudataires de ces derniers, les chefs vaincus paient de lourds tributs. Dans de telles circonstances, les vaincus racontent avec le cœur rempli de haine l’événement. Les vainqueurs, quant à eux, sont enthousiastes. Ils narrent avec fierté leur palmarès. Chacun à sa version des faits, et chaque génération absorbe à sa manière le ouï-dire des gardiens traditionnels. De ce fait, la cohabitation dans une île de 590 000 km² prend une autre dimension. Par ailleurs, l’ethnicité est souvent soulevée à chaque fois que le pays va mal. Les habitants du littoral se sentent marginalisés, mal aimés par ceux des Hautes Terres. Le fédéralisme est réclamé quand les intendants des faritra sont écartés des grandes conférences, la réconciliation nationale est implorée lorsqu’ils commettent des erreurs. L’histoire se répète, un éternel recommencement.

Le clivage ethnique existe dans la Grande île, c’est indéniable. Mais, le fihavanana déguisé empêche la population de déclencher une guerre civile comme celle du pays des mille collines dans les années 1990. Personne ne veut se faire massacrer ! En somme, Madagascar est figé à cause des débats stériles. La population recule, la pauvreté gangrène la société, l’éducation touche le fond. Le chemin est encore long pour la sainte patrie de Monja Jaona!

Iss Heridiny

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