Orlando Robimanana : « N’attendons pas un désastre pour une prise de conscience générale »

DG du Trésor Public, Orlando Robimanana, à Kigali : Une simple prise de conscience pourrait casser le cercle vicieux de la pauvreté.
DG du Trésor Public, Orlando Robimanana, à Kigali : Une simple prise de conscience pourrait casser le cercle vicieux de la pauvreté.

Un pays africain peut réussir son développement. Le Rwanda l’a prouvé. En seulement 20 ans, ce pays est passé du statut de pays perdu, au bord de la faillite, au statut de pays le plus avancé en Afrique. Madagascar peut suivre ce chemin, il dispose de plus de ressources naturelles que le Rwanda, selon le DG du Trésor public, également gouverneur suppléant de la Banque Africaine du Développement (BAD), Orlando Robimanana, Interview.

Midi Madagasikara. Quel bilan pouvez-vous faire sur les 50 années de la BAD ?

DG du Trésor. En 50 ans, la BAD a connu une grande évolution, en tant que banque. Son capital et ses pays membres ont connu des accroissements impressionnants. Malheureusement, les pays africains n’ont pas suivi cette évolution, mis à part quelques exceptions, alors que presque tous les pays du continent ont autour de 50 ans d’indépendance. On savait que sans investissement sur les infrastructures, on ne peut évoluer. Pourtant, après 50 ans, on a encore un grand déficit dans ce volet. On se demande parfois à qui a profité la BAD. Si la Banque cherche un réel développement de l’Afrique, il faut réfléchir sur ce sujet et bien répartir les aides pour appuyer les plus pauvres. Madagascar classé parmi les pays fragiles n’a obtenu que près de 119USD au dernier Fonds africain pour le développement, alors que d’autres pays plus forts ont bénéficié des financements exorbitants.

Midi. Peut-on espérer un développement ? Est-ce probable pour la Grande Ile ?

DGT. Le Rwanda a prouvé que c’est faisable. Il y a 20 ans, ce pays était le cas le plus désespéré. Mais comme l’a affirmé son président, Paul Kagame, ils ont fait des erreurs, ont trébuché et se sont même arrêtés, mais se sont relevés par la suite après la surchauffe générale. Leurs comportements et leur mentalité ont complètement changé. Ils ont la volonté politique et la discipline. C’est ce qu’il nous faut. Le Trésor a d’ailleurs véhiculé ces valeurs et ces principes depuis des années. A Madagascar, on parle de bonne gouvernance, mais lorsqu’on observe, on se rend compte que les débats reposent encore sur l’égoïsme. Si le Rwanda a pris 20 ans pour arriver à sa situation actuelle, quand arriverons-nous au même niveau si on ne commence pas dès maintenant ? Certes, tous les pays de l’Afrique ont les mêmes problèmes. Même lorsqu’on aura une bonne politique publique, il nous faut une prise de conscience.

Midi. Qu’est-ce qui pourrait déclencher cette prise de conscience ?

DGT. Pour leRwanda, c’était le génocide. Un million de morts en trois mois. N’attendons pas qu’un tel désastre n’arrive ! Il faut une prise de conscience générale. Maintenant, nous sommes sortis de la crise. Cette situation devrait déclencher notre prise de conscience. La Grande Ile est riche, mais nous sommes toujours à la traîne, en termes de développement et croissance.

Midi. Nombreux sont ceux qui réfléchissent déjà au développement de Madagascar. Est-ce encore insuffisant ?

DGT. La moindre des choses est d’écouter les techniciens malgaches. D’habitude, ils ne sont pas écoutés. Au contraire, ils sont même poursuivis pour leurs propos. Pourtant, lorsque des étrangers comme les bailleurs de fonds reprennent ces mêmes propos, tout le monde devient très attentif. Par ailleurs, je reviens à la nécessité de la prise de conscience qui doit être générale. Il nous faut une discipline stricte pour ne pas aller vers l’anarchie. Chez nous, une simple vérification fiscale peut engendrer une grève. 90 % des activités économiques s’opèrent dans l’informel. Le Rwanda a connu cette même situation, il y a 20 ans passés. Tout le monde doit réfléchir sur cela.

Recueilli par Antsa R.

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